LA DÉCLARATION INTERINSIGNIORES analyse et prospectives À PARTIR DE LA PENSÉE DE HANS URS VON BALTHASAR/MARGO GRAVEL-PROVENCHER
 
 
 
 
PARTIE 1: DEUXIÈME CHAPITRE
 
MARIE ET MARIE DE MAGDALA
« aux fondements du ministère sacerdotal »
 
1. L’identité du prêtre et le charisme marial (S.S.Paul VI)
2. Le “document de travail” du Synode des évêques
3. Interventions et demande de nouveaux ministères féminins
4. Commission pontificale sur la femme dans la société et dans l’Église
 
 
La dignité et la vocation fondamentale de la femme et le rôle de Marie dans la vie du Christ et de l’Église ayant été accueillies en Gaudium et Spes et Lumen Gentium, notre deuxième chapitre se laisse interpeller par l’analogie entre la fonction du prêtre et le charisme marial, tout en appréciant l’ouverture envers Marie de Magdala (Jn 20, 18 ss), sous la dimension "eschatologique" du sacerdoce ministériel et en "spiritualité du prêtre". Cependant, il est important de noter que le lien entre Marie et le célibat du prêtre n’empêche pas la Commission Internationale de Théologie de proposer dans ses perspectives d’avenir, la possible ouverture envers l’acception d’hommes mariés. La présente étude tient compte du "document de travail" de ladite commission.  Un fait est à remarquer, l’auteur choisi pour mes recherches était secrétaire de la partie réservée au ministère sacerdotal.  Le document fut présenté au Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde (1971). Spécifiquement orienté vers la spécificité du sacerdoce du Christ et les critères d’accessibilité au «  nouveau ministère » sacerdotal selon la Nouvelle Alliance, il sera possible de constater que ceux-ci ne concernent pas tant la ‘masculinité’ du candidat, mais la dimension eschatologique trinitaire du nouveau ministère trinitaire (Christ-Esprit). De l’incarnation du Christ Jésus en Marie à la mission apostolique d’une femme au matin pascal (Jn 20, 18 ss.), il sera possible de saisir la pertinence du vœu exprimé par l’épiscopat canadien envers les "nouveaux ministères féminins" dont la Commission pontificale sur la Femme dans la société et dans l’Église confirme l’orientation.
 
 
2.1:     l’identité du prêtre et le charisme de Marie
 
Au début de ce deuxième chapitre,  nous croyons pertinent d’introduire l’analogie entre l’identité du prêtre et le charisme de Marie. La question mariale étant constante en spiritualité sacerdotale et plus spécifiquement dans l’œuvre d’Hans Urs von Balthasar, il s’avère pertinent d’introduire la pensée du pape Paul VI avant d’étudier la question spécifique du sacerdoce ministériel, tel que présenté dans le document de travail du Synode des évêques de 1971. La question de la présidence eucharistique des femmes selon la particularité du synode néerlandais interpelle le Saint-Père.
 
  Le 20 février 1971 en la fête de Notre Dame de la Confiance, patronne du Séminaire, le pape présente la question de l’"identité du prêtre".  La crise "identitaire" oblige en quelque sorte le pape Paul VI à développer cette pensée.  L’allocution papale, présentée au début du carême, rappelle alors cette nécessité de méditer sur l’aspect transcendant du mystère du Christ et de l’Église.  « Dans un temps de sécularisation, soutient le pape Paul VI,  le caractère transcendant de la mission évangélique devient étranger et le doute grandit. »  (DC1581 .202-204; cf. I.I. par. 29 et ss.) À cet égard, il présente de nouvelles interrogations. Le pape Paul VI sollicitait une écoute positive des travaux qui seront présentés par l’épiscopat allemand lors du prochain Synode. Selon le pape Paul VI,  « il  s’agit là sans doute d’éléments très intéressants, qui mériteraient d’être pris sérieusement en considération par des gens compétents et responsables, mais pas au point d’ébranler notre conception de  l’"identité du sacerdoce" ». (DC1581/20).  En référence au concile Vatican II, il présente l’analogie entre le caractère transcendant de la fonction sacerdotale et les charismes de Marie:  
 
Il existe des analogies et des  rapports, dit-il,  entre la fonction sacerdotale et l’indicible somme de charismes de Marie.  C’est sur cette harmonie, que peut s’édifier notre formation toujours en voie de perfectionnement : « jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga. 4, 19), et notre expérience sacerdotale, presque d’une façon existentielle, presque par enchantement, dans le cadre de l’Évangile où a vécu Marie, et Jésus auprès d’elle. C’est ainsi qu’en recherchant l’exemple de Marie toute notre vie trouvera sa  condition  sur le plan spirituel, moral et ascétique spécialement.  Le Concile l’a reconnu.  Notre vie, poursuit-il, n’a-t-elle pas le même programme, ne doit-elle pas trouver dans  la foi sa raison d’être, sa qualification, son espérance eschatologique? (DC1581 .203)
 
Cette pensée sera précisée davantage quelques années plus tard. Deux ans avant la publication d’Inter Insigniores, le pape Paul VI publiait la lettre encyclique Marialis Cultus, lieu où Marie sera désignée en qualité de première disciple de Jésus. (MC .32-33) En 1987, la lettre encyclique Redemptoris Mater corroborait cette pensée : « Mère, Marie devenait en un sens, le premier "disciple" de son Fils,  la première à qui, il semblait dire : Suis-moi ! avant même d’adresser cet appel aux Apôtres ou à quiconque. » (RM 42-43) Cette pensée constitue l’"élément-clé" de la théologie balthasarienne : « le caractère marial comme le caractère pétrinien, écrit Balthasar, sont coextensifs à l’Église : l’Église tout entière est mariale ; elle est aussi indubitablement pétrinienne, dans le sens des deux Conciles du Vatican. (…) Non seulement le oui marial précède dans le temps de l’Incarnation du Chef de l’Église et donc de tous ses membres, tandis que l’institution des Douze avec Pierre à leur tête est un cas isolé de Jésus accompli plus tard, bien que très important; qualitativement, la forme de la foi de Marie qui "laisse faire" devient la forme déterminante intérieurement offerte à tout être et à toute activité au sein de l’Église catholique. (...) Pour ces raisons, l’universalité pétrinienne subit l’influence formatrice de Marie.»  (CA .235) Hans Urs von Balthasar reprend cette pensée fondamentale dans son étude de la "femme prêtre "(NE-WP? .192). En tenant compte de ces aspects, il devient possible d’écouter attentivement l’ouverture du synode néerlandais qui, depuis 1970, demande l’acception des femmes à la présidence eucharistique : « il est important de poursuivre au plus tôt l’intégration des femmes dans toutes les tâches ecclésiales ou sa nomination n’entraîne aucun problème ou seulement peu de problèmes. L’évolution doit s’orienter sur cette norme que la femme peut exercer toutes les fonctions ecclésiales,  y compris la présidence de l’eucharistie » (DC1557 . 176).  
 
2.2: Le "document de travail" sur le ministère sacerdotal présenté au Synode des évêques 
 
 
Poursuivant la présentation du processus précédant la publication de la Déclaration Inter Insigniores, objet de la première partie de ma thèse, le deuxième aspect du deuxième chapitre concerne plus spécifiquement la dimension "eschatologique" du sacerdoce du Christ et des nouveaux ministères qui en découlent. Il s’agit dans cette étude de l’appropriation des fondements théologiques du sacerdoce ministériel, tel que proposé par la Commission Internationale de Théologie.  Dans cette étude, je retiens également les documents du Synode épiscopal présentés dans la Documentation catholique, le 2 janvier 1972, quelques mois après la fin du Synode romain sur le ministère sacerdotal et la justice dans le monde. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une étude exhaustive du document, celui-ci constitue le point de référence nécessaire de toutes les décisions prises sur le statut des prêtres. À cet égard, il constitue un excellent point de départ à la question posée par Inter Insigniores.  Cette partie de ma recherche est partagée en neuf aspects. (1) l’introduction; (2) la crise sacerdotale et  sa relation au monde contemporain ; (3) les racines théologiques de la crise identitaire sacerdotale ; (4) le peuple de Dieu tout entier sacerdotal dès la première alliance ; (5) la dimension eschatologique trinitaire du sacerdoce du Christ; (6) le sens eschatologique du nouveau ministère sacerdotal (7) l’aspect charismatique des nouveaux ministères selon la Nouvelle Alliance; (8) l’intégration de Marie et de Marie de Magdala; (9) les perspectives d’avenir.
 
2.2.1:  l’introduction  
 
En novembre 1971, les évêques sont invités à scruter les signes des temps à la lumière de l’Évangile.   Ensemble, ils sont appelés à établir le discernement afin d’éviter que l’unité de la mission de l’Église ne soit obscurcie par des ambiguïtés, ou que les adaptations nécessaires ne soient empêchées par une trop grande uniformité (CIT-MS .79 .116). La Commission Internationale de Théologie présente alors un "document de travail" auquel contribue l’auteur retenu dans notre recherche.  L’étude sur le Ministère Sacerdotal a été préparée, au sein de la Commission Internationale de Théologie par une sous-commission constituée à cet effet, et composée du P. Urs von Balthasar, de Mgr Carlo Colombo, du P. Gonzalez De Cardedal, du P. M.-J. Le Guillou, président, du P. Lescrauwaet, secrétaire, et de Mgr J. Medina-Estevez. L’étude fut alors approuvée par la Commission comme "document de travail" afin d’être transmis au Synode des évêques.  Toutefois, un fait est à souligner, l’approbation ne concerne pas un auteur particulier, mais le consensus établi par l’ensemble de la Commission Internationale de Théologie, réunie du 5 au 7 octobre 1970. Dans un monde où les fondements du ministère sacerdotal sont remis en question au point de questionner sa sacramentalité,  une étude des fondements du ministère sacerdotal est entreprise.  L’étude ne sera pas perçue sous un aspect négatif, mais comme un temps de grâce accordé à l’Église afin de justifier le ministère sacerdotal et sa possible ouverture.
 
2.2.2: la condition sacerdotale
 
Dans un deuxième temps, le premier aspect retenu dans le document de travail concerne uniquement l’aspect sociologique de la crise identitaire du prêtre. La Commission Internationale de Théologie constate les difficultés vécues par les membres du clergé entre 1962 et 1968; les démissions sacerdotales se multipliant à un rythme effarant. Selon le Service central des Statistiques Ecclésiastiques du Vatican, l’Église aurait accordé un nombre grandissant de dispenses du ministère : prêtres séculiers: 200 (1962-1963) @ 1,017 (1968) ; prêtres réguliers : 115 (1962-1963) @ 1,067 (1968).  Cette crise n’épargnerait aucun pays : les États-Unis, l’Italie, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et autres.  Classés par catégories, on tente d’en discerner les causes : (a) caractère vocationnel remis en question chez certains ou manque d’aptitudes chez d’autres ; (b) difficulté au niveau de la structure ecclésiale et désir de fonder une famille ; (c) découragement, lassitude devant la modernité ; (d) manque de foi en l’Église ; (e) célibat obligatoire.  On constate alors que l’abandon serait plus grand chez les jeunes prêtres, plus spécifiquement chez les scientifiques âgés de 35 à 45 ans.  
 
2.2.3: les racines théologiques de la crise identitaire sacerdotale 
 
Toutefois, la crise identitaire est plus profonde, car elle ne concerne pas uniquement les   transformations de la société où s’exercent de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes.  Il s’agit alors de définir et surtout de situer théologiquement cette crise identitaire. Afin de déterminer les problématiques, l’étude est proposée sous trois aspects : (1) les nouveaux rapports clerc-laïcs et le nouveau pastorat féminin ; (2) le sacerdoce baptismal et le caractère ontologique du ministère sacerdotal (CIT-MS .23-33).  
 
2.2.3.1: les nouveaux rapports clercs-laïcs et le nouveau pastorat féminin
 
 Encouragées par l’apport du laïcat au sein de la vie de l’Église, les  nouvelles relations clercs-laïcs obligent une connaissance plus grande des fondements théologiques du ministère sacerdotal. L’Église est aux prises avec une remise en question de l’aspect ministériel en regard du sacerdoce baptismal. Toutefois, la problématique sera identifiée à l’accession au  pastorat féminin dans les Églises issues du mouvement de la Réforme du XVIe siècle. Dans ce contexte, je désire toutefois souligner que ma thèse ne concerne pas spécifiquement la problématique œcuménique.   Mon étude  tente de saisir les fondements du ministère sacerdotal au sein de l’Église catholique romaine. Fondamentalement convaincue de la pertinence de l’ordination de la femme au sacerdoce ministériel sacramentel, la question des fondements provient uniquement en cette partie d’analyse de la perception de la Commission Internationale de Théologie, soit le "document de travail" remis aux évêques.  Dans ce contexte, nous pouvons constater que la problématique dépasse la question sociologique des nouveaux  rapports hommes-femmes au sein de notre société, elle concerne la sacramentalité même du ministère. Selon la C.I.T., les réformateurs remettent en question la sacramentalité du sacerdoce ministériel : son origine divine et la nécessité de l’Appel de Dieu.  De ce fait, la méthodologie balthasarienne constituera un apport fondamental car elle tient compte de cet aspect.  Tout en se référant à la dimension du "service",  la réflexion de la C.I.T. sur les fondements ouvre à cette autre dimension, la reconnaissance du Messie d’Israël comme Serviteur de Yavhé. (CIT-MS .23-33)
 
2.2.3.2:  le sacerdoce baptismal et le caractère ontologique du ministère sacerdotal
 
Engagée dans le dialogue œcuménique, l’Église ne peut éluder les problèmes qui ont conduit à la réforme luthérienne. Devant cette crise identitaire, l’Église tente d’élucider ce qu’elle considère comme une problématique nouvelle, soit l’acception des femmes au pastorat. Il s’agirait pour elle d’une compréhension nouvelle du ministère sacerdotal par l’émergence de la laïcité du pastorat. Des questions nouvelles jaillissent alors!  Et je les pose ! Une Église peut-elle accueillir un nouveau ministère selon les critères d’acceptation d’une autre Église, si ces critères ne correspondent pas à sa compréhension propre des fondements du ministère sacerdotal? Tel que le rappelait le Métropolite Antoine de Souroge et située dans ce contexte : « la question nous est extérieure, elle doit nous devenir intérieure (Antoine de Souroge) » (l.4.3) En contexte œcuménique, comment comprendre cette question ?  Deux points majeurs seraient à retenir : la question du sacerdoce baptismal et la question de l’"ontologie".  
 
2.2.3.2.1:  le sacerdoce baptismal et son intégration au sacerdoce du Christ
 
Les membres de la Commission Internationale de théologie rappellent certains aspects de la réforme luthérienne en regard de la plénitude du sacerdoce baptismal.  Cette attestation est  partagée en six points :
 
a)    le Nouveau Testament n’emploie le mot prêtre (hiereus) et ses dérivés que dans l’unité du Christ et de l’ensemble des baptisés.  
b)    le Nouveau Testament ne peut considérer que le Christ-prêtre, par son accession directe à Dieu (offrande, intercession, enseignement).
c)    Comme membres du Corps du Christ, tous les baptisés sont prêtres (invisibilité de la foi) ;
d)    il n’y a pas de distinction entre les prêtres du clergé romain et les autres chrétiens : tous peuvent offrir un culte en esprit et en vérité ;
e)    la distinction prêtre-laïc ne peut se réclamer d’institution divine, engageant ainsi la question de l’ordination au ministère sacerdotal ;
f)    la participation au sacerdoce du Christ provient du baptême ; tout ce qui était valable dans la notion de "sacerdoce" est inclus dans la notion de "ministère".
 
Dans cette perspective, cite la C.I.T., la "succession apostolique"  concerne la foi apostolique et non la question de la masculinité du candidat. Le ministère ne confère aucun pouvoir supplémentaire.  Il résulte seulement de la nécessité de s’organiser pour le service de Dieu.  Une église privée d’évêques et de prêtres peut pourvoir à ce service. (CIT-MS .25)
 
2.2.3.2.2:  l’ontologie : le nécessaire et le contingent
 
Afin de comprendre ce deuxième aspect, une fois de plus on évoque la réforme luthérienne. Sous les typologies du  "nécessaire" et du "contingent", les réformateurs définissent le ministère du pasteur qui ne proviendrait pas de l’"ontologie", mais plutôt de l’"existentiel", de l’"intérieur", de l’"invisible", de la catégorie du "devant Dieu" tandis que le "contingent" représenterait ce qui n’a existentiellement rien de décisif : le culte et les détails de la discipline.  Pour les luthériens, la dimension ontologique ne serait pas limitée à la médiation ecclésiale, mais elle concernerait l’ensemble du salut (Chalcédoine).  Cette dimension aurait été abandonnée pour une représentation purement et individuellement existentielle.  Cette mise en cause du ministère sacerdotal serait alors liée à une façon nouvelle de percevoir l’Église depuis le XVIe siècle, au point d’en devenir l’une des composantes de la culture moderne. (CIT-MS .25)
 
Ces problématiques seront énoncées par Hans Urs von Balthasar dans son analyse critique de la déclaration Inter Insigniores. Toutefois,  tout en confirmant l’aspect sacramentel du ministère sacerdotal, dans sa sacramentalité (Théologique), le théologien n’occulte pas la question existentielle. Cependant, ce sera en regard de la théologie classique qu’il développera cette pensée: « la dimension personnelle et existentielle n’est d’ailleurs jamais absente en grande théologie classique.  De tout temps, la sapientia a été mise en liaison avec la sapor, et l’appropriation de la vérité chrétienne dans l’existence a été considérée comme un critère indispensable de la présentation de la vérité.  C’est justement dans cet équilibre entre l’effort personnel  en quête de l’intellectus fidei et le don de participer à l’objet de la foi dans l’expérience vitale, que s’éclaire la figure véritable de la théologie ; la force convaincante de cette figure est précisément le fruit de cette union. C’est pourquoi une théologie non existentielle ne peut être digne de foi, car elle ne peut rien rendre de visible. » (GC-ESTH 509) Dès lors, nous sommes en présence de deux perceptions de la notion existentielle ; l’une provenant de l’expérience de foi vécue au cœur de l’être, à la suite et au nom du Christ Jésus, Serviteur de Yavhé ; l’autre provenant, a priori, uniquement du "service" à rendre, sans présupposé préalable si ce n’est la perception unique du sacerdoce baptismal.  Dès lors, le sacerdoce ministériel se trouve relativisé uniquement vers le bien commun, sans référence à la dimension sacerdotale du ministère eschatologique du Christ Jésus (Christ-Esprit), tel que le démontre le "document de travail".  Dans ce contexte, il y aurait divergence au niveau des fondements théologiques qui proviendraient soit, d’une perversion chrétienne de la première alliance ou par le transfert des prérogatives du sacerdoce païen aux ministres chrétiens après Constantin, tout en stipulant qu’il pourrait y exister plusieurs formes et non, une seule possible (théologies plurielles). Devant le phénomène de sécularisation, le doute surgit. Toutefois, la question identitaire ou médiation de l’Église (Vermittlung) dépasserait le simple fait d’un ministère sécularisé. De là découle la nécessité d’approfondir davantage les fondements du nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance.
 
2.2.4:  l’Église,  peuple de Dieu tout entier sacerdotal
 
    Dans cette crise et cette quête des fondements, la question du peuple sacerdotal nous conduit vers la dimension sacerdotale du peuple "de" Dieu.  Les membres de la Commission portent attention à l’exégèse contemporaine où tous les humains sont considérés comme une résidence royale (basileion), une communauté sacerdotale (ieareutama), une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (l, P 2-5; cf. Ex 19, 5-6). Au synode, est déplorée la brièveté de cet article. (CIT-MS 35)  On aurait désiré que cette notion du peuple de Dieu soit intégrée à la nature du sacerdoce ministériel : « on constate facilement que le document décrit les liens qui unissent le ministère sacerdotal au Christ; peut-être même, sous cet aspect, va-t-il au-delà du IIe Concile du Vatican.  Mais une difficulté provient du fait qu’on ne dit presque rien de la relation du ministère sacerdotal au peuple de Dieu.  Il manque un juste équilibre.  Les questions du lien entre le sacerdoce et le peuple de Dieu sont renvoyées à la deuxième partie du document, ce qui peut donner l’impression qu’il s’agit seulement d’une question pratique; or, il s’agit, en fait, d’un lien qui appartient à la nature du sacerdoce du Christ.  Le Christ, en effet, a institué le sacerdoce et lui a conféré des pouvoirs et des devoirs spéciaux, précisément pour qu’il soit au service du peuple de Dieu. » (DC1596 .981) En bref, nous sommes toutefois invités à poursuivre cette interrogation sur la nature du sacerdoce du Christ et son rapport à l’Humanité. Le document élargit la dimension du service eschatologique :  relation aux sacerdoces anciens et attente du Serviteur de Yavhé. (2.2.4.2). Nous retrouverons également ce questionnement en troisième partie de ma thèse lorsque von Balthasar comprend la féminité comme lieu d’intégration du "peuple" de la première alliance en l’Humanité du Christ Jésus (6.1).
 
2.2.5:  la dimension eschatologique trinitaire du sacerdoce du Christ
 
Au quatrième chapitre du "document de travail", les rédacteurs présentent les fondements bibliques du nouveau ministère sacerdotal selon la Nouvelle Alliance sous la  dimension trinitaire eschatologique de l’événement Jésus-Christ. Le fondement christologique du ministère sacerdotal transforme la dimension de service qui depuis la première alliance détermine l’attente messianique du Serviteur de Yavhé.  Afin de clarifier cette compréhension, deux aspects du sacerdoce du Christ sont mis en relief :  (1) le sacerdoce du Christ  comme accomplissement et dépassement; (2) le sacerdoce du Christ  selon la Nouvelle Alliance.
 
2.2.5.1:  la dimension eschatologique comme accomplissement et dépassement      
 
Le passage de l"’idée du sacerdoce" à l’attente "eschatologique" du Serviteur de Yavhé, comme accomplissement et dépassement des sacerdoces anciens soumet deux aspects : le premier aspect établit un certain parallélisme entre l’unique  médiation de Moise et la triple dimension du sacerdoce et le deuxième aspect souligne la nouveauté attendue par les prophètes, telle l’attente eschatologique du Serviteur de Yavhé (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel). L’évolution du sacerdoce est proposée sous six aspects distincts et pourtant complémentaires : (1) l’idée du sacerdoce comme mémorial du Sinaï; (2)  la triple dimension de médiation de Moïse : prêtre, prophète, roi (Ex 24, 6-8) ; (3) le sacerdoce royal, image du roi-prophète, sous la double polarité de la représentation : devant Dieu (1 R. 8, 14-66) et devant les hommes (Ps.2, 6-9) ; (4) le sacerdoce lévitique comme médiation entre Dieu et le peuple (Nb 6, 24-27) ; (5) la transformation du sacerdoce orienté vers le rituel du Pardon (la spiritualité juive  prophétique du Yom Kippur  (Lv 16, 23, 26-32 ; Jr 14, 7-9; 19-22 ; Jl 2, 12-17) ; la symbolique du vêtement liturgique, auquel "douze pierreries" sont intégrées comme représentation du peuple (Ex 28, 27-28) ; (6) l’attente prophétique médiatrice du Serviteur de Yavhé comme événement eschatologique fondamental par lequel Dieu réalisera, par pure grâce, ce que les hommes ne pouvaient accomplir. À partir des expériences de Jérémie et d’Ézéchiel qui, se considèrent eux-mêmes comme chargés des péchés du peuple et expiant pour lui, se dessine peu à peu l’image d’un Sauveur eschatologique celui du Serviteur de Yavhé (Is. 53,11).   Pour les membres de la Commission, les fondements du nouveau ministère sacerdotal proviennent de ce lieu (He 10, 5-7 ; cf. Ps 40, 7-9).  En ce lieu, le sacerdoce du Christ devient sous son caractère unique, en même temps, accomplissement et dépassement, continuité et renouvellement, de tous les sacerdoces anciens : prêtre, prophète et roi.  Bien qu’il aurait été souhaitable d’y découvrir le caractère inclusif, puisque dès la première alliance, il serait difficile d’omettre les femmes, prophétesses et autres, l’approfondissement des fondements du ministère sacerdotal conduira peu à peu les rédacteurs du "document de travail" vers la découverte de ce rôle spécifique. Sous la dimension eschatologique et la spiritualité du prêtre, la Commission Internationale de Théologie intègre la mission spécifique d’une femme au matin pascal (Jn 20, 18 ss.). (CIT-MS 45)
 
2.2.5.2:  Le sens eschatologique du nouveau ministère sacerdotal
 
    Dans un deuxième temps, la C.I.T. présente la spécificité du sacerdoce du Christ selon la Nouvelle Alliance : En Lui, "pour nous", tout est accompli (Mt 5, 17 ; Jn 19, 29). Selon le rescrit du Synode, il s’agit de cette perception unique : « Le Christ Jésus, Fils et Verbe de Dieu, que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), marqué par la plénitude du Saint-Esprit (cf. Lc 4,1, 18-21 ; Ac. 10, 38), a annoncé au monde l’Évangile de la réconciliation entre Dieu et les hommes. » L’étude sera présentée sous deux aspects s’interpellant l’un, l’autre : (1) le sacerdoce du Christ selon la Nouvelle Alliance ; (2) le sacerdoce unifié selon la Lettre aux Hébreux.
 
2.2.5.2.1:  le sacerdoce du Christ selon la Nouvelle Alliance
 
    Dans un premier temps, le document présente la réalité du sacerdoce du Christ selon la Nouvelle Alliance. Le sacerdoce sera développé dans une perspective plus ou moins existentielle. La typologie du sacerdoce du Christ énonce le caractère unique du sacrifice de la Croix ;  la dimension de sacrifice n’exprime pas uniquement la médiation entre Dieu et les humains, mais elle est liée à la personne elle-même du Christ Jésus (inward balthasarien) :  le Christ notre Pâque a été immolé  (l Co 5,7) ; le sang du Christ (Mc 14,24 ; Rm 3,5 ; 5,9 ; Ep 1,7 ; 2,3) ; le hyper hémôn, " pour nous" (Jn 6, 51 ; 10, 11, 15 ; Lc 22,19 ; Mc 10,45 ; Ga 1,14 ; cf Ga 2,20 ; Ep 5,25 ; 1 Tm 2,6 ; Tt 2, 14), l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde  (Jn 1, 19 ; cf. Jn 1,36 ; 19,36). Cette "typologie de l’agneau pascal" sera reprise dans les récits apocalyptiques (Ap 5, 9-10).  Et Jésus, le Juste (1 P. 1, 18) devient victime de propitiation (hislamos) pour le monde entier, c’est-à-dire comme sacrifice pour le péché (cf. Ez 44, 27 ; cf. Ez 45,1 ; cf. Nb 5,8 ; cf. II M 3,33). Ce sera par cette offrande pour chacun et chacune de nous (pro nobis)  que la théologie johannique définit la figure du Bon Pasteur, du Serviteur de Yavhé (Jn 10, 11 ; Jn 17, 19).  À la Cène, dans le "ceci est", le Christ révèle sa véritable identité, le caractère de cette Unique Médiation : « ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous" » (cf. Ez. 24,8). Par cette parole identitaire, « la structure de la prière sacerdotale semblerait bien être, en effet, celle de la fête du grand Pardon (Yom Kippur) dans laquelle le grand prêtre, prononçant le nom de Dieu, priait pour lui-même, pour les prêtres, pour tout le peuple. Comme toute la prédication de Jésus culmine dans l’annonce de sa mort et de sa résurrection que préfigurent ses œuvres royales de puissance (miracles, exorcismes, guérisons), on peut dire que tout son ministère est eschatologique, car, exercé dans la présence de l’Esprit, il est spécifiquement sacerdotal. Jésus n’est-il pas celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde (Jn 10, 36) et qui dans le don de sa vie, " exprime le commandement qu’il a reçu du Père" (Jn 10, 17-18) ? » (CIT-MS 45)
 
2.2.5.2.2:  le sacerdoce unifié selon la Lettre aux Hébreux
 
    Dès le point de départ, le "document de travail" se réfère à la spécificité de la Lettre aux Hébreux qui consiste dans l’unification "eschatologique" de toutes les attitudes sacerdotales de la première alliance. À cet égard, bien que le sacerdoce du Christ soit fondé sur l’unicité de sa personne par sa filiation divine, les rédacteurs de la C.I.T. n’opposent pas son ministère au sacerdoce lévitique. Toutefois, le caractère spécifiquement eschatologique du sacerdoce du Christ, selon la lettre aux Hébreux, présente certains types de considérations : (1) le Christ, synthèse des diverses attitudes sacerdotales; (2) la plénitude eschatologique des attitudes sacerdotales ; (3) le sacerdoce du Christ selon Hébreux.
 
2.2.5.2.2.1:  le Christ, synthèse des diverses attitudes sacerdotales
 
En établissant un lien avec le sacerdoce lévitique et son aspect cultuel (Temple), cette perception du Christ comme synthèse des diverses attitudes sacerdotales de l’Ancien Testament met en relief, dans un premier temps, l’aspect extérieur, les fonctions et leur finalité :  offrande de dons et de sacrifice pour leurs péchés (He. 5, 1 ; 8, 3) ;  vocation et installation par Dieu lui-même (He. 5,4) ; solidarité avec les faibles (He. 5,2) ; fête de l’Expiation Yum Kippur (He 9, 7) et son rituel de sang expiatoire (He. 9, 7. 12 ss., 29-22).  Bien qu’elle considère cette compréhension du sacerdoce du Christ par un rappel du rituel liturgique lévitique, la  Lettre aux Hébreux pose des critères nouveaux.  Elle en établit toutefois les limites.  Ce serait en rapport avec celui-ci que la dimension spécifiquement sacerdotale du Christ serait refusée: « le Christ s’il était sur terre ne serait pas prêtre » (He. 8,4). Phrase lapidaire !  Et pourtant incomprise !  En ce lieu, l’image typologique se brise pour une ouverture à l’eschatologie des fins dernières dans l’événement Jésus-Christ :  Dieu parle en son Fils et le fait héritier de tout, depuis la création du monde (He. 1,1). D’autres thèmes – plus larges que ceux du sacerdoce lévitique – sont assumés dans la perspective sacerdotale de la Lettre aux Hébreux. (CIT-MS . 48)
 
2.2.5.2.2.2: la  plénitude eschatologique des attitudes sacerdotales
    
    Le caractère incomparable du sacerdoce du Christ, principe de sa position et de son efficacité repose en Hébreux sur la dignité du Fils de Dieu qui exhausse et transfigure les multiples offices et comportements ministériels de l’Ancien Testament. En lui dans l’Esprit s’accomplit la plénitude eschatologique des attitudes sacerdotales :  « cette dignité diffère, élève le Christ au-dessus : des "esprits chargés de ministères, envoyés en services " (He. 1,14), de "Moïse, fidèle serviteur" (He. 3,5), des prêtres élus et installés dans leur office ( He. 5, 1 ss.), et lui confie un ministère (leiturgia ; He. 8,6). Sa position comme Sauveur du monde ne le dispense cependant pas de la nécessité de se faire instituer dans son ministère (He. 5,5 ; 7, 11.15), en une obéissance initiale, qui va bien plus loin que celles des hommes "chargés d’un office" (He. 10, 5 ss.) ; qui le conduit aussi vers une expérience plus radicale de l’obéissance (He. 5, 7-9) et qui seule rend possible l’identité en lui d’un geste sacrificiel actif (prospherein : He. 9, 25) et d’une immolation totale spirituelle et physique (prosenenchteis : He. 9, 28). » (CIT-MS .51)Par sa filiation divine et son obéissance, le Serviteur de Yavhé,  présente une nouvelle conception du pouvoir sociétal.  Dorénavant la notion du "pouvoir" véritable, s’accomplit sous la dimension trinitaire eschatologique de la Fidélité de Dieu envers son peuple :  
 
Cette obéissance du Fils de Dieu enveloppe le sacerdoce ministériel et les attitudes existentielles des autres offices vétérotestamentaires, tout en les dépassant, puisque son obéissance sacrificielle s’exerce en vertu d’un Esprit éternel ( He. 9,14).   L’Esprit qui achemine l’obéissant vers l’agonie et la mort n’est pas une possession de Jésus, mais une Puissance qui soutient son office et son sacrifice.  Sa dignité provient de la sainteté et de la pureté absolue du Fils (He. 7, 26), et celle-ci prédestine aussi bien à sa désignation comme prêtre définitif (epaphax), par une obéissance ministérielle totale à l’Esprit, qu’à celle de victime définitive, porteuse de tous les péchés (He. 9, 28).  Mais le Fils dans son "action sacerdotale" ne veut pas montrer sa propre dignité, il n’est que le garant (engyos : He. 7,22) du "serment" de Dieu qui, par la mort et la résurrection (He. 13,20) du Fils, manifeste Sa Fidélité. (CIT-MS 52)
 
2.2.5.2.2.3: le sacerdoce du Christ, un nouveau ministère selon Hébreux
 
    Cette partie du "document de travail" est fondamentale pour saisir l’ouverture de l’épiscopat canadien envers les nouveaux ministères féminins. Le nouveau ministère sacerdotal selon la Nouvelle Alliance et plus spécifiquement, selon la Lettre aux Hébreux,  provient non plus uniquement d’une répétition des sacerdoces anciens, a fortiori du sacerdoce lévitique, mais de la filiation divine de Jésus-de-Nazareth, confirmant en Lui toutes les attitudes sacerdotales de la première alliance. Dans cette partie, les membres de la Commission Internationale de Théologie innovent.  Ils ouvrent de nouveaux horizons pour le ministère sacerdotal selon la Nouvelle Alliance dont ils soulignent le caractère fondamental, soit la dimension trinitaire de la filiation divine. Par une théologie de la récapitulation, l’œuvre sacerdotale  du Christ,  assume et récapitule dans sa structure unique et sans concurrence les attitudes religieuses - personnelles et sociologiques. Loin de les nier ou de les regarder comme périmées, elle les réaffirme plus foncièrement. L’analyse du sacerdoce du Christ selon la Lettre aux Hébreux permet de constater que les diverses fonctions sotériologiques de la première Alliance ne sont pas simplement liquéfiées par le Christ ; elles sont plutôt assumées et perfectionnées de l’intérieur.  La "nouveauté" d’un sacerdoce fondé sur la filiation divine éclate de partout, en même temps que se manifeste la "continuité" avec les traditions d’Israël. En ce sens, le sacerdoce du Christ intègre par sa vie et sa filiation, les ministères de la première alliance sous la dimension eschatologique du nouveau ministère du Serviteur de Yavhé.  Selon la C.I.T., la  doctrine de la Lettre aux Hébreux ne s’oppose en rien à l’existence d’un nouveau ministère sacerdotal dans la communauté chrétienne, si celui-là est attesté par l’ensemble des récits scripturaires (He 13,7).  En Lui, la médiation de la première alliance est attestée dans la "continuité"  et la "nouveauté". Une attention particulière est accordée à cet énoncé : il faut avoir perpétuellement en vue l’ensemble des médiations pour comprendre le sacerdoce du Christ. (cf. CIT-MS 52-54)
2.2.6: la dimension eschatologique du nouveau ministère sacerdotal
 
    Afin de déterminer le sens eschatologique du ministère apostolique, le " document de travail " propose à la réflexion trois aspects spécifiques : a) la mission des Douze ; b) l’organisation de la mission apostolique ; c) le rôle du prêtre : prêtre ou serviteur ?  Cette partie du document a particulièrement été retenue lors de l’Assemblée générale du Synode des évêques, lieu où l’on atteste toujours la dimension apostolique du nouveau ministère dans le Christ et l’Esprit. Cependant, selon la Commission Internationale de Théologie, cette reconnaissance serait attribuée très tôt dans l’histoire chrétienne au groupe des Douze. (Mc 14, 10, 20 ; Mt 26, 14, 17 ; Lc 22, 47 ; Jn 6, 71). Ce serait dans ce contexte qu’apparaît la dimension eschatologique du nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance. Ce qui signifie que les Douze sont associés à la mission spécifique du Christ. L’origine du ministère hiérarchique tient à la nécessaire structure de l’Église primitive.  Toutefois, et c’est là son aspect fondamental pour un renouveau de la vie de l’Église, le nouveau ministère est transmissible (succession) : « les apôtres n’agirent pas seuls, ils eurent des auxiliaires (cf. Ac. 6, 2-6 ; 11,30 ; 13,1 etc…), les pouvoirs confiés à l’apôtre en faveur des Églises étaient confiés à d’autres parce qu’ils étaient communicables (cf  2 Tm. 1,6), et ceux-ci devaient eux-mêmes les transmettre à d’autres (cf. Tt. 1,5). » (DC 1600/9) Bien que provenant de deux milieux différents (dimension historique et dimension charismatique), la mission de l’apôtre Paul ne saurait être dissociée du ministère de Pierre et des Douze (Ga. 1,17).  Il est l’"envoyé" du Christ, doté à ce titre d’une pleine exousia. L’apôtre Paul conçoit sa mission comme une délégation des pouvoirs du Christ (cf. Ga. 1,15 ; 2,8 ; I Co. I,I ; 15, 10 ; II Th 3,6 ; I Co. I, 10,17 ; II Co. 5, 20 ; 10,8 ; 13,3) ; il se déclare le messager, le délégué, l’ambassadeur, le plénipotentiaire du Christ. Son  apostolat est décrit à travers des formules de connotation sacerdotale. Toutefois, et cela est fondamental pour l’objet de notre étude, l’exousia de Jésus ne se prolonge et ne se perpétue dans la communauté des croyants et des croyantes que par l’"apostolat" au sens strict, c’est-à-dire le ministère des Douze. (cf. CIT-MS 60)
 
 
 
 
 
2.2.7:  l’aspect charismatique des nouveaux ministères selon la Nouvelle Alliance
 
Le charisme paulinien est particulièrement interpellant dans un temps où le nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance, fondé sur l’Appel de Dieu, demande pour être reconnu, l’authentification de l’évêque (ministère ordonné).  Le "document de travail" définit les fondements, christologique et pneumatologique, du ministère sacerdotal, aspects qui seront mis en relief lors du Synode des évêques de 1971. Confrontés à la crise identitaire, les évêques font davantage référence au Concile Vatican II (PO 2) et à la communion essentielle entre tous les ministres ordonnés.  Le "document de travail" de la C.I.T. intègre cette dimension d’unité entre les apôtres en soulignant la nécessaire communion au temps apostolique entre ceux qui ont reçu ces pouvoirs : de façon charismatique par le Christ ressuscité ou de la fondation de l’institution par le Jésus historique.
 
À titre d’exemple, l’étude de Käsemann est citée. Käsemann distingue deux types de structures dans l’Église : la "structure charismatique", typiquement paulinienne et la structure des communautés palestiniennes (avec le presbytérat et l’imposition des mains pour la collation du pouvoir d’ordre). Toutefois, selon Käsemann, Corinthe n’aurait connu ni presbytres, ni épiscopes, ni ordination, à l’exception de l’"autorité" de l’Apôtre. La communauté vivait uniquement de l’apparition spontanée des charismes en son sein. Néanmoins, et selon le témoignage de Paul, la communauté était parfaitement nantie en vue de la Proclamation de la Parole, la collation du baptême, la célébration de la Cène du Seigneur et les autres ministères. L’assemblée synodale réfute la thèse bultmannienne selon laquelle la  communauté aurait été dirigée par des charismatiques, des prophètes qui auraient transmis, produit et rassemblé des logia du Seigneur, prophétiques et apocalyptiques (Lc 6, 22-23 ; Mt 25, 1-13 ; Mt 11, 21-24 ; Lc 19, 42-44 ; 23, 28-31).  Chez Bultmann l’institution  des épiscopes et de diacres provient d’une création. Nonobstant, le premier évangile présente une nouvelle façon de percevoir le prophétisme puisque désormais le prophétisme ne peut être dissocié de la dimension trinitaire eschatologique du nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance.   De là découle le partage des eaux entre le dualisme et la dualité du ministère sacerdotal, lieu où le service eschatologique d’une femme, Marie de Magdala, est intégré au ministère du Christ Jésus et en spiritualité du prêtre. (cf. CIT-MS .79  .116)
 
2.2.8: l’intégration de Marie et de Marie de Magdala
 
    Cette partie du "document de travail" demande donc une attention particulière.  On y découvre le lien indissociable entre la spiritualité et la théologie, fondement de la visée théologique balthasarienne.  Dans un premier temps, je souligne que le titre de ma thèse tenait compte de cet aspect spécifique bien que le titre du volume fut transformé afin d’identfier davantage sa spécificité (de la mission "personnelle" de Marie et les missions féminines... à la Déclaration Inter Insigniores ...). Je compléterai cette partie d’analyse en étant attentive au vœu évoqué par l’Assemblée synodale qui, entériné par le pape Paul VI, a permis la création de la Commission Pontificale sur la Femme dans la société et la vie de l’Église. Deux points méritent cette  intégration des femmes dans les nouveaux ministères (Inter Insigniores) : a) la médiation de Marie selon Lumen Gentium (1.4.3) ; l’intégration de Marie de Magdala à la dimension du “service eschatologique” et en “spiritualité du prêtre” selon la Commission internationale de théologie.
 
2.2.8.1: la médiation de Marie selon  dans Lumen Gentium
 
Afin de saisir ce lien indissociable entre la spiritualité du prêtre et l’intégration ecclésiale du rôle de Marie au concile Vatican II (Lumen Gentium), ma thèse retient dans ce chapitre les principes bibliques du "nouveau ministère" et de la "spiritualité du prêtre" selon les références au Christ Pasteur  énoncées dans le "document de travail"  (Jn 10; l P.2, 25; 5,4; He 13,20 et autres).  La théologie johannique deviendra le leitmotiv de la trilogie balthasarienne en 2e partie de cette thèse. Une attention particulière est portée envers la théologie johannique de la Commission Internationale de Théologie. en ce lieu,   le rôle médiateur de Marie de Magdala au matin pascal  devient porteur de sens (Jn 20, 15-17. 18 et ss.). Désirant intégrer le rôle des femmes de la Bible, le document indique le rôle des femmes collaboratrices ou prophétesses :  Is. 8, 3 ; Ruth ; Esther ; Ep. 5 ; l Co. 11, 7 ; Ep. 5 ; Jn  16, 21 ; Jn 19, 26-27(cf. CIT-MS .115; cf. GC-AA/NA).  À cet égard, les "principes" énoncés dans le "document de travail" fondent cette particularité bibliquement en Jn 20, 18 ss. Toutefois, je constate que le rescrit du Synode des évêques présente cet autre aspect fondamental de la spiritualité sacerdotale, celui du "fiat marial" comme valeur d’intégration au service ministériel. Cette perception questionne l’identité du prêtre (2.1). Selon le rescrit,  « l’âme tournée vers les réalités célestes et associée à la communion des saints, que le prêtre regarde souvent vers Marie, Mère de Dieu, laquelle reçut le Verbe de Dieu avec une foi parfaite, et qu’il la prie chaque jour pour obtenir la grâce de se conformer à son Fils. » (DC1600 .8) À cet égard, les rédacteurs du "document de travail " ne négligent pas cet aspect.  Il ne le retienne pas sous la dimension du service eschatologique, mais le présente dans une réflexion sur le célibat du prêtre : « par l’incarnation, en effet, Dieu se soumet à un lieu et à un temps, il reçoit la nature humaine de Marie, il se lie à quelques apôtres et à une Église, témoins nécessaires de sa vie et de ses paroles. » (CIT-MS 105)   Sous cet aspect "unique" du rôle de Marie, il devient pertinent d’interroger ce rôle spécifique car il provient de l’ecclésiologie de Vatican II.  Orientée vers l’Unique Médiation du Christ Jésus,  Lumen Gentium établit un lien possible entre la médiation du prêtre et la médiation de Marie qui tous deux révèlent l’action du Christ au monde (manifestation de la médiation du Christ). Cette perception du caractère médiateur de Marie s’inscrit tout à fait selon la description du ministère sacerdotal chez Albert Vanhoye, s.j. qui dans son volume, intitulé Prêtres anciens et Prêtre nouveau, selon la Nouvelle Alliance, définit comme suit cette médiation : « le pouvoir de représenter la médiation du Christ, dit-il, n’est donné qu’à des instruments déterminés, actions sacramentelles et personnes des "dirigeants", et il ne s’agit pas, soulignons-le encore, d’un pouvoir d’exercer la médiation à la place du Christ, mais du pouvoir de manifester la médiation du Christ. » (Prêtres anciens...262)  Dans la plénitude de la vie du Christ, nous pourrions y intégrer toutes les citations bibliques concernant Marie et plus spécifiquement la théologie johannique (Jn 19, 26-27.30) ; la résurrection et la réhabilitation de Pierre (plus que ceux-ci), aspect fondamental du ministère de l’apôtre Pierre : Simon, fils de Jean (Jn 21, 15-16) ; les Actes des apôtres et la présence active de Marie et des autres femmes (Ac.1,14 ; 2.2-4). Tel que nous le verrons dans les chapitres suivants:   « l’Église vraiment johannique n’est pas une "troisième" Église, cette Église dite "spirituelle" qui devrait succéder à celles de Pierre et de Paul : elle est celle qui, à la place de Pierre se tient sous la croix pour y accueillir en son nom l’Église mariale »  (CA 255; OPSC 225).  Pour le théologien von Balthasar, participant à la création du "document de travail", il ne faudrait pas omettre cette vision d’ensemble du sacerdoce du Christ (Gestalt). Dès la première partie de son œuvre, celui-ci démontre l’importance des femmes au temps de Jésus : « on rencontre l’amour incarné de Dieu dans la sponsalité voilée de la Fille de Sion. L’alliance n’est pas comme chez Matthieu, fondée sur Jésus seul – Dieu et homme – mais par l’homme (vir) qui intègre à l’avance dans son œuvre l’humanité et son oui de femme et de servante, Paul avait déjà aperçu cela (Ep. 5), et Jean le fondera encore plus profondément. » (cf. GC-NA 305-306)
 
2.2.8.2: l’intégration de Marie de Magdala (ministère sacerdotal et spiritualité du prêtre)
 
    Deux chapitres complètent la question des fondements.  Tous deux reconnaissent la participation d’une femme, Marie de Magdala sous la dimension du service eschatologique du ministère sacerdotal et en spiritualité du prêtre.  La Commission Internationale de Théologie unifie ainsi "théologie" et "spiritualité du prêtre". Jusqu’à ce jour, celles-ci sont marquées par le "dualisme", homme, femme. La C.I.T. permet alors de les redécouvrir sous la double polarité du ministère dans le Christ Jésus, où tous et toutes,  sous un même Chef sont appelés à découvrir son amour véritable:   « du point de vue christologique, le pasteur est celui qui a reçu de Dieu le mandat et le pouvoir (Jn 10, 18) de donner sa vie pour ses brebis,  comme nous l’avons déjà dit, cette identité  de l’office et de l’amour dans le sacerdoce suréminent  et  unique du Christ ne peut être participé par les pasteurs succédant qu’à  travers un  dualisme : d’une part, il y a un office et un pouvoir objectif, fondé sur une configuratio Christo sacerdoti objectif ; d’autre part, un impératif (doublé d’une promesse : Jn 20,18 ss.) postulant l’assimilation aussi complète que possible à l’attitude du Christ qui donne sa vie par amour » (CIT-MS .70 .115). À cet égard, le texte johannique de Jn 20, 18 ss., cité dans le service eschatologique et la spiritualité du prêtre du " document de travail" présente un impératif, lié à la mission d’une femme, apôtre de la Résurrection: « Marie, Magdala vint donc annoncer aux disciples : " J’ai vu le Seigneur, et voici ce qu’il m’a dit" »  (cf. CIT-MS 116).
 
Nous pouvons découvrir cette même unité de pensée chez les co-auteurs de la trilogie : « À cet instant, sa foi naturelle s’unit à sa foi surnaturelle.  Gratifiée de la pleine vision de la réalité, elle peut devenir porteuse du message de joie de Pâques (T 41) et remplir dans l’Église le rôle de témoin de la foi. (…) Elle est l’archétype de la femme croyante, envoyée aux apôtres et à l’Église » (COLL 1 .137).  L’exégète contemporain Raymond E. Brown corroborait aussi cette pensée. Selon Brown,  le "voir de la foi" indique la relation nouvelle entre le Christ et la Femme que ce soit pour Marie ou pour Marie de Magdala (La mort du Messie, encyclopédie de la Passion du Christ 1115-1129). Considérant le caractère identitaire du ministère pétrinien, comment dissocier celui-ci de Marie et de Jean, lorsque dans l’Appel même à ce ministère, le Christ Jésus intègre la filiation johannique comme lieu de réconciliation avec Lui :  Simon, fils de Jean, m’aimes-tu, plus que ceux-ci ? (Jn 21, 15-16/cf. CA 253-255; cf OPSC 222-223).  Sous cette perception ouverte envers les aspects fondamentaux du nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance, la question des nouveaux ministères féminins devenait fort pertinente  au Synode des évêques (1971).
 
2.2.9:  le charisme de Marie comme perspectives d’avenir (prospectives)
 
    Au Synode des évêques de 1971, un autre point permettait de percevoir la nouvelle orientation de l’Église catholique romaine, suite à l’aggiornamento conciliaire (Vat. II).   Dans les perspectives d’avenir du ‘document de travail’ surgissent les questions du célibat et de la possible ordination au sacerdoce ministériel d’hommes mariés.  Dans le cadre du célibat apparaît une autre facette qui en spiritualité sacerdotale permet la question mariale: « lorsque la hiérarchie unit virginité et ministère, elle ne dénature pas le charisme, mais elle en actualise bien plutôt la destination et la référence communautaire, essentielles d’ailleurs à tout charisme.  Le fait pour l’Église de postuler un don charismatique chez ceux qui exercent le ministère témoigne de la force transformatrice du sacrement (Parole et Esprit) qui confère le ministère et anime l’apôtre pour toute sa vie. Une dissociation radicale entre charisme et loi ignore le caractère spécifique de l’Église qui est constitué par l’Incarnation » (CIT-MS 104-105). Nous retrouvons sensiblement cette même affirmation lors de l’allocution du pape Paul VI sur l’identité du prêtre. Il fut prononcé la veille du carême 1971 devant les prêtres du diocèse de Rome.  Le pape Paul VI réaffirme l’"identité du prêtre" par le lien fondamental établi entre l’"attitude" de Marie (essentiel en spiritualité ignatienne chez Balthasar) et l’attitude du prêtre :  « il existe des analogies et des rapports entre la "fonction sacerdotale" et l’indicible somme de charismes qui est propre à Marie. »  (DC1481 204) Toutefois, bien qu’une certaine analogie soit présentée en lien avec le célibat ministériel, la Commission ne stipule pas pour autant l’unicité du célibat ministériel.  Tout en « affirmant qu’une vie de disciple du Christ, menée dans la pauvreté, la virginité, la joie et le service du prochain est la condition que la hiérarchie doit considérer comme la meilleure pour pouvoir assumer le ministère apostolique ne signifie pas qu’elle doive les exiger toujours et de tous les candidats possibles dans la même mesure. » (CIT-MS 105-106) Le "document de travail" de la C.I.T. ne négligera pas la possible ordination des hommes mariées : « ceux qui vivent dans le mariage, stipule-t-on, s’ils sont appelés au ministère, peuvent authentifier d’autres valeurs de ce même Évangile. »  (CIT-MS 106)  De là, découle une nouvelle possibilité. Cette fois, elle est exprimée par l’épiscopat canadien et elle sera entérinée par l’Assemblée synodale.  Il s’agit d’une demande d’ouverture envers la femme qui, selon ma perception, aurait dû apparaître dans les perspectives d’avenir du "document de travail", suite à l’ouverture envers Marie de Magdala et le lien entre la fonction sacerdotale et le charisme marial (S.S.Paul VI).
 
2.3: Interventions au Synode des évêques et demande de nouveaux ministères féminins.
 
Dans cette quête de discernement ecclésial, cette partie de l’analyse désigne la double polarité des interventions  : l’une tournée vers la question théologique qu’elle sous-tend ; l’autre tournée plus spécifiquement vers l’engagement,  la praxis ecclésiale. Deux types d’interventions sont présentés :  (1) la première provient de la Congrégation des Supérieurs généraux ; (2) la seconde provient des conférences épiscopales des divers pays représentés.  
 
2.3.1:  la Congrégation des supérieurs généraux
 
Le ler octobre 1971, le père Lécuyer, supérieur général de la Congrégation du Saint Esprit s’adresse à l’Assemblée "au nom des supérieurs généraux".  Il ne s’agit pas d’une simple opinion personnelle, car l’intervention provient d’une enquête effectuée auprès des supérieurs généraux sur les enjeux du Synode.  Les Supérieurs généraux déplorent le peu d’attention accordée à la dimension du peuple de Dieu tout entier sacerdotal (6.2). On considère la présentation doctrinale du ministère sacerdotal comme peu satisfaisante : « la difficulté provient qu’on ne dit presque rien de la relation du ministère sacerdotal au peuple de Dieu. Il manque, écrit-il, un juste équilibre. La question de la relation au peuple de Dieu est renvoyée à la deuxième partie, ce qui peut donner l’impression qu’il s’agit seulement d’une question pratique ; or, il s’agit, en fait, d’un lien qui appartient à la nature du sacerdoce.  Selon le père Lécuyer,  « le  Christ a institué le sacerdoce et lui a conféré des pouvoirs et des devoirs spéciaux, précisément pour qu’il soit au service du peuple de Dieu. Les supérieurs généraux souhaitent que la préoccupation du Synode en traitant du sacerdoce soit avant tout pastorale, que le Synode cherche à aider les prêtres, en examinant sérieusement la crise actuelle du sacerdoce, en faisant face franchement aux problèmes pratiques urgents auxquels sont confrontés les prêtres d’aujourd’hui, en essayant d’y trouver des solutions constructives. » (DC1596 .981) Rappelant l’état  inachevé des connaissances théologiques sur le ministère en général  et la non-mention du prêtre religieux dans le document préparatoire, les Supérieurs généraux demandent des études supplémentaires. À cet effet, il souligne l’apport des travaux effectués en collaboration avec des théologiens protestants et des théologiens orthodoxes :  « ces études ont montré, en particulier, combien la période primitive de l’Église est encore pleine d’obscurités pour nous : les trois degrés de l’épiscopat, du presbytérat et du diaconat n’apparaissent pas clairement dans le Nouveau Testament, et ce n’est qu’au début du 11e siècle que les documents les décrivent avec clarté ; on peut se demander s’il n’y a pas lieu de reconnaître la possibilité d’une différence d’organisation du ministère dans les diverses Églises, en tenant compte des circonstances particulières de ces Églises » (DC1596 .981). La consultation qu’ils ont effectuée auprès de leurs membres estime que le Synode ne devrait pas essayer de donner une  "théologie complète  du sacerdoce" (DC1596 .981).
 
2.3.2:  les Conférences épiscopales mondiales
 
Afin de discerner les problématiques énoncées dans le "document de travail",  le pape Paul V1 demande à l’Assemblée des évêques d’accueillir avec respect les diverses perceptions du ministère sacerdotal. Plus spécifiquement, il énonce la position du synode néerlandais. Entre le 9 et le 22 octobre 1971, six délégations interviennent sur le respect des différences et la possible pluralité du sacerdoce ministériel -  le rapport entre le sacerdoce et la culture – le célibat et la possible ordination d’hommes mariés – les nouveaux ministères et l’entrée réelle des femmes dans les ministères.
 
 
 
2.3.2.1: la Conférence épiscopale néerlandaise : la réouverture des dogmes 
 
  Le cardinal Alfrink, président de la Conférence épiscopale néerlandaise intervient au nom des prêtres et des évêques qui président les Églises qui leur sont confiées.  Selon la Conférence épiscopale néerlandaise, l’Église ne doit pas seulement veiller à la saine doctrine de la foi, mais elle doit aussi aspirer à discerner l’œuvre de l’Esprit.  Selon l’épiscopat néerlandais, « s’il  nous est impossible de fermer les yeux sur un  humanisme pur, on ne doit pas nécessairement fermer les yeux devant le danger d’un  fidéisme  ou d’un  surnaturalisme  qui, en eux-mêmes, sont responsables de la "crise d’identité" du prêtre » (DC 1596. 982).  L’épiscopat propose de nouvelles voies pour servir l’Église et le monde: a) le caractère religieux du ministère sacerdotal ; b) la montée des communautés de base ; c) la sécularisation et l’ouverture des frontières dogmatiques ; d) l’acception de la pluralité de la praxis pastorale : engagement politique et social et ordination d’hommes mariés. Dans le cadre spécifique du pluralisme chrétien, l’épiscopat néerlandais désire approfondir deux points : le premier concerne l’engagement politique du prêtre et le second, l’ordination d’hommes mariés (l Tm 3,1ss ; Tt 3, 5ss.). (cf. DC 1596. 106). L’épiscopat néerlandais exprime un souhait soit l’acception des conférences épiscopales ne partageant cette orientation afin que les milieux où la question est ouverte puissent procéder à ces ordinations.  Le principe énoncé concerne la pluriformité qui existe déjà depuis des siècles au sein de l’Église entre l’Orient et l’Occident. Il est important de noter que l’épiscopat néerlandais se réfère à la Constitution dogmatique Lumen Gentium bien que celle-ci ne retient que le  diaconat (LG, no.29). De là, l’importance de la demande qui entrevoit la possible réouverture des dogmes.  Selon l’épiscopat néerlandais, tout ne fut pas dit au Concile Vatican II. (cf. DC1596 .990-991)
 
2.3.2.2:  la Conférence épiscopale française : le célibat
 
L’étude de l’Église de France reflète une étude approfondie. Très tôt après le Concile, en 1969, une Assemblée des évêques et des prêtres pour la France est tenue à Lourdes.  À la demande de l’Assemblée, un Bureau d’études sur le célibat fut constitué.  Les membres du Bureau, composé d’exégètes, d’historiens, de théologiens et de spécialistes des sciences humaines, ont travaillé pendant deux ans avec plusieurs évêques sur la question du célibat des prêtres.  Toutefois, dans l’état actuel de leurs travaux, la question de l’ordination d’hommes mariés n’est cependant pas retenue. Monseigneur Schmitt, évêque de Metz, présente le rapport de l’Assemblée des évêques français.  Bien que les études ne soient pas terminées, il tient compte des travaux effectués jusqu’au jour de la présentation. Dans un premier temps, l’évêque de Metz corrobore la position de la Commission Internationale de Théologie envers le célibat, le mariage et l’ouverture envers la femme (service eschatologique et spiritualité du prêtre). Selon l’évêque de Metz, « le contexte anthropologique dans lequel les prêtres vivent aujourd’hui le célibat est certainement chargé d’ambiguïté.  Nous devons accueillir cette ambiguïté dans un esprit critique et un grand souci de discernement.  À cet égard,  l’expérience chrétienne vécue, dans le mariage ou le célibat, peut en être enrichie si nous la considérons comme principe dynamique. Dans la modernité, dit-il, les relations hommes et femmes se sont profondément modifiées et les rapports entre les êtres  sont devenus plus directs et plus spontanés.  Une nouvelle image de la femme et une nouvelle conscience de la féminité se développent : elles soulignent à la fois l’égalité et la complémentarité de l’homme et de la femme » (DC1596 .990-991). Ouvert à la dimension éthique, toutes les normes sont remises en question, en particulier celles qui concernent la sexualité. Le rayonnement des couples engagés dans l’apostolat interpelle certains prêtres engagés dans le célibat.  Toutefois, bien que l’épiscopat français soutient la possible ordination de personnes déjà engagées dans le mariage, à l’instar des perspectives d’avenir émises dans le "document de travail", cette dimension ne sera pas retenue.  L’examen approfondi des réponses des membres du clergé français ne serait toutefois pas suffisant pour retenir cette possibilité. Tel que l’épiscopat néerlandais le demandait, ceux-ci ne ferment toutefois pas la porte aux conférences épiscopales qui pensent différemment.  À cet égard, ils demandent que les Conférences épiscopales qui estiment que l’ordination d’hommes mariés répond aux besoins de leurs Églises reçoivent l’autorisation de procéder à ces ordinations. (cf. DC1596 .990-991)
 
2.3.2.3:   l’acceptation synodale de la proposition canadienne et la réponse papale
 
    L’épiscopat canadien effectuera deux interventions au Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice sociale : (1) la discipline ecclésiale; (2) les nouveaux ministères féminins; (3) la réception synodale de la proposition canadienne; (4) la réponse papale au vœu synodal.
2.3.2.3.1:  la discipline ecclésiale
 
Les résultats de l’enquête démontrent que la question de la discipline ecclésiale sur le célibat ecclésiastique est portée par plus de 85% des prêtres (Europe et les Amériques).   Dans ce contexte, il serait difficile de parler de marginalité. Se référant au document de la C.I.T., « l’évêque déplore qu’il n’y ait aucun argument indiquant une quelconque défaveur du célibat ecclésiastique.  Toutefois, poursuit-il,  nous ne sommes pas ici pour présenter les décisions, démocratiquement prises, de nos Conférences épiscopales, mais également pour formuler les opinions de la minorité et surtout pour refléter les souffrances souvent très dures, de quelques évêques et de beaucoup de prêtres devant la discipline actuelle de l’Église. » (DC 1596 .990-991) L’évêque regrette que l’ordination des personnes mariées soit énoncée comme une solution de rechange. Dans cette perspective, il remet en question la discipline actuelle de l’Église et l’ouverture envers le diaconat ou le laïcat comme une position permettant d’éviter le véritable enjeu sur la question du mariage et de l’admission des femmes au sein de la vie de l’Église.  Tel qu’affirmé dans le "document de travail", Monseigneur Carter tient à rappeler que les évêques canadiens et 90% des prêtres canadiens sont favorables à l’ordination de personnes mariées.   Corroborant la crise identitaire énoncée dans le "document de travail", « il faut cesser, affirme Monseigneur Carter, de considérer le célibat comme un bien absolu et montrer son lien à la pauvreté et à l’obéissance, comme un acte de liberté absolue, comme un don au Christ : autrement il peut facilement devenir, au lieu d’un signe, un contre-signe. »  (cf. DC 1596 .984)  
 
2.3.2.3.2: les nouveaux ministères féminins
 
L’intervention du cardinal Flahiff de la Conférence épiscopale canadienne comprend une "proposition unique" : l’ouverture envers de nouveaux ministères féminins. L’intervention de la Conférence épiscopale canadienne fut introduite  par le cardinal Flahiff, archevêque de Winnipeg : « Mon intention première, affirme le cardinal, était de traiter des ministères dans l’Église actuelle, mais je constate que le sujet a été bien traité, en particulier par les interventions de Mgr l’archevêque Etchegaray, ainsi que des évêques Tepe et Degenhardt.  Si bien que je n’ajouterai rien sur le sujet.  Je me limiterai à une question, à laquelle déjà Monseigneur Plourde a fait allusion, mais qui n’a pas encore été développée.  Plusieurs ont parlé du ministère de toute l’Église.  Plusieurs ont commenté la diversification croissante des ministères en liaison avec les ministères propres aux laïcs.  Mais personne n’a soulevé la question des ministères de la femme.  C’est la question que je pose : est-ce que tous les nouveaux ministères seront réservés aux hommes ? » (DC 1596 . 984) Dans un premier temps, le cardinal Flahiff effectue alors, au nom de l’épiscopat canadien, la démonstration historique de la "non-validité" des critères de refus envers l’ordination des femmes au sacerdoce ministériel. Cette démonstration historique constitue l’argumentaire de la Déclaration Inter Insigniores.  Il rappelle dans un premier temps le fait historique qui constituait la réponse classique de l’Église : le Christ était un homme, non une femme ; le choix des douze ;  le silence des femmes dans les assemblées (1 Co 14, 34-35) ;  l’autorité de l’homme et la non-ordination de la Mère du Seigneur.  Cependant, l’épiscopat reprend l’argumentaire biblique et soutient qu’aucun obstacle dogmatique ne s’oppose à la réexamination de la question (Ga 3, 28 ; l Co 11, 3-16). Dès lors, à l’instar de la Congrégation des supérieurs généraux,  il espère tout comme plusieurs femmes la révision du Code de droit canonique (1024), pour qu’on enlève les passages qui manifestent une infériorité de la femme (2.3.2.1). L’intervention provient d’une vaste consultation ecclésiale avec un groupe de représentantes hautement qualifiées des groupements de femmes catholiques provenant de toutes les parties du pays. Puisque les évêques semblent avoir touché tous les aspects présentés dans le "document de travail", plus spécifiquement sur les questions du célibat et de l’ordination d’hommes mariés, l’épiscopat présente une unique proposition. Celle-ci concerne les  "ministères féminins" :  « les représentants de la Conférence catholique canadienne prient leurs délégués de recommander au Saint-Père la formation immédiate d’une Commission mixte (c’est-à-dire formée d’évêques, de prêtres, de laïcs des deux sexes, de religieuses et de religieux), afin d’étudier en profondeur la question des ministères féminins dans l’Église. Malgré une tradition vieille de plusieurs siècles contre les ministères féminins, nous croyons que les signes des temps (dont le moindre n’est pas le fait que déjà des femmes exercent avec succès des tâches apostoliques et pastorales), que ces signes donc nous pressent d’entreprendre l’étude de la situation présente et des possibilités pour l’avenir. » (DC 1596 .89) La proposition interpelle l’épiscopat canadien : « si nous ne commençons pas dès maintenant cette étude, nous risquons d’être dépassés par les événements.  Ceci, et seulement ceci, est la recommandation que les évêques canadiens présentent à ce Synode. » (DC 1596 .87-88).
2.3.3:  la réception synodale de la proposition de l’épiscopat canadien
 
    Au cours de l’Assemblée générale, les membres du Synode des évêques entérinent la proposition canadienne et formulent un vœu au Saint-Père :
QUE les femmes reçoivent leur part de responsabilité et de participation dans la vie communautaire de la société et même de la vie de l’Église.(…) Qu’une étude approfondie soit faite à ce sujet par des moyens appropriés, par exemple une Commission mixte d’hommes et de femmes, de religieux et de laïcs de différentes situations humaines et disciplines. (DC 1633 .509)
 
2.3.4:  la réponse papale au vœu synodal  
 
Dès lors, il devient primordial de bien saisir l’introduction du Rescrit ; le rescrit est le document officiel remis après le Synode par le Secrétaire d’État, le Cardinal Jean Villot.  La description de la décision du pape Paul VI est expliquée comme suit : « le Saint-Père se réserve d’examiner par la suite avec toute l’attention voulue s’il convient d’entériner certaines propositions – et lesquelles doivent l’être – contenues dans les vœux de l’Assemblée synodale, en établissant à ce sujet des directives ou des normes pratiques ». (DC 1600 .2)  Deux années se seront écoulées lors de la réception du vœu émis par l’Assemblée synodale. Le 3 mai 1973, la Commission d’étude sur la Femme dans la Société et l’Église sera créée par le pape Paul VI. La Commission sera alors présentée par Mlle Pilar Bellosillo, membre de la Commission et participante au Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde.  
 
2.3.5: le vote sur le célibat
 
    Lors du Synode des Évêques de 1971,  l’Assemblée synodale sera appelée à voter sur les questions du célibat et de la formulation d’une éventuelle ouverture du ministère ordonné aux hommes mariés. On entérine la loi sur le célibat (placet 168 ; non placet 10 ; placet juxta modum ; 21 ; abstentions : 3).  Pour ce qui concerne la formulation d’un éventuel ministère ordonné pour les hommes déjà mariés, deux formules seront proposées.  La première sera adoptée : « demeurant toujours, sauf le droit du Souverain Pontife, les hommes mariés ne sont pas admis à l’ordination sacerdotale. » (DC 1600 .10) Cela signifiait alors que l’ordination d’hommes mariés ne serait admise qu’en des cas particuliers.
 
2.4:  La Commission pontificale sur la Femme dans l’Église et la société
 
Tel qu’exprimé précédemment, le vœu de l’Assemblée générale sera accueilli par le pape Paul VI.  Le 3 mai 1973, nous verrons apparaître la création de la Commission pontificale sur la Femme dans l’Église et la société.  Cependant, peu d’études ont été effectuées sur le sujet. Tout au cours de ma recherche, j’ai  pu retracer une étude effectuée par Mlle Dirkje Donders des Pays-Bas.  Suite au décès de Mlle Rie Vendrik, membre de la Commission (17-09-1982), elle sera invitée à rédiger un mémoire de maîtrise concernant sa participation.  Il sera intitulé : la voix tenace des femmes. Il s’agit de la participation de Mlle Rie Vendrik à la Commission.  Pour Dirkje Donders, il ne s’agit pas tant de montrer les textes étudiés que de définir la conjoncture à laquelle sont confrontées les femmes intéressées par la question de l’ordination de la femme au ministère sacerdotal. Dès lors, nous devons retenir les limites imposées: « dès le début de la recherche, la question de l’ordination de la femme doit être exclue ».  Cependant, la fin des travaux transforme l’objectif fixé : la question de l’ordination de la femme sera portée à l’attention des pères du Synode par  Mgr Bartoletti, président de la Commission pontificale sur la Femme dans la société et la vie de l’Église et membre du Conseil du Secrétariat général du Synode épiscopal (DC 1633. 508) .
 
Dès lors, il est particulièrement remarquable qu’un groupe de femmes s’intéresse d’une façon plus particulière à ce sujet.  On les surnomme, le « groupe des cinq  ».  Ces femmes sont présidentes d’Organismes Féminins Mondiaux Chrétiens et parviennent de divers pays : Espagne, Belgique, Brésil, Portugal, Pays-Bas.  On déplorera toutefois, à la suite de la proposition canadienne qu’aucune femme canadienne ne soit pas nommée à la dite Commission. Parmi le groupe des cinq, nous retrouvons celle qui fut désignée pour annoncer la création de la Commission, Mme Pila Bellosillo d’Espagne :
 
Mlle Pilar Bellosillo (Espagne) est présidente de l’UMOFC, présidente de la Conférence des Organisations Internationales Catholiques, auditrice à Vatican II, experte au Synode de 1971 sur la Justice et membre du Groupe de Liaison féminin Œcuménique – WELG ; Mme Claire Delva ( Belgique) est présidente de l’Association Internationale des Charités – AIC-, membre du Conseil de l’UMOFC, présidente de la Fondation Mgr Belpaire, membre du Conseil pastoral régional de son diocèse, elle sera secrétaire générale du Conseil National des Femmes Belges ; Mme Marina Lessa ( Brésil) est membre de la JEC et responsable nationale de l’A.C.I. ; Mme Maria Vitoria Pinheiro (Portugal) est présidente nationale de la JOC, présidente de la Ligue ouvrière féminine chrétienne, secrétaire générale du Mouvement Mondial de Travailleurs Chrétiens et membre de la Pastorale Ouvrière ; Mlle Rie Vendrik (Pays-Bas) était présidente générale de la Jeunesse féminine Catholique Internationale, présidente de la Conférence des OIC, auditrice à Vatican II, membre du Conseil Pontifical des Laïcs, membre du Conseil de l’UMOFC et membre du WELG. (La voix tenace des femmes selon Dirkje Donders).
 
Tout au cours des assises de la Commission, celles-ci seront déchirées entre leur désir de répondre aux attentes des femmes qu’elles représentent et le rôle limité de la Commission davantage orienté vers l’Année Internationale de la Femme (1975).  À titre d’exemple, je souligne un extrait du "dossier de travail" effectué par le comité de la promotion féminine du Diocèse de Montréal, publié en janvier 1976, peu de temps avant la publication de la Déclaration Inter Insigniores .  Nous pouvons discerner alors que depuis plus de 30 ans au sein de la vie en Église, « il existe des femmes qui se préparent au sacerdoce et croient fermement que l’Église changera bientôt sa position. (…) La disparition officielle des obstacles légaux s’opposant à l’ordination des femmes ne ferait pas disparaître les obstacles sociaux et psychologiques, mais elle signifierait que celles qui sont prêtes à lutter contre eux pourraient au moins le faire. » (La femme, un agente de changement)  La persévérance et la résistance accomplies par celles qui forment le « groupe des cinq », selon Dirkje Donders, conduiront toutefois vers l’accueil de cette requête.  Un document élaborant les assises de la Commission fut mis à la disposition des Pères. À l’article 3, on cite l’une des études à entreprendre comme suit : « entreprendre les études nécessaires, en vue d’une réponse motivée de l’accès de la femme au ministère ordonné.  Il s’agit d’une réponse non seulement disciplinaire, mais ecclésiologique. » (DC 1665 .1047)
 
Mon étude de la question est toutefois limitée. Si je retiens malgré cela ce point particulier comme dernier élément de cette première partie de ma thèse, c’est afin de saisir la conjoncture à laquelle sont exposées les femmes s’intéressant à la question posée. Bien que la situation ait déjà beaucoup évolué par la nomination des femmes à divers postes au sein de la vie de l’Église,  cette question spécifique doit être étudiée avec tout le respect, la dignité et l’engagement envers celles qui ont cru à l’Appel reçu de Dieu : dans la prière révélatrice, par une formation théologique adéquate, par leurs engagements dans les divers ministères pastoraux mandatés par les évêques. J’aborderai cette étude spécifique de la question, en me référant à trois documents : (1) les réflexions de l’épiscopat américain en regard de l’ordination de la femme et la nécessité de transformer la doctrine ministérielle ; (2) la présentation de la Commission pontificale par Mlle Pilar Bellosilo, membre de la Commission ; (3) la participation de Mlle Rie Vendrick à la Commission pontificale, selon Dirkje Donders.  
 
2.4.1:  les réflexions théologiques de l’épiscopat américain sur l’ordination des femmes
 
    Dans un premier temps, il est intéressant de connaître la pensée de l’épiscopat américain suite au Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde. Afin d’approfondir la question de l’ordination de la femme, l’épiscopat américain examine les différents arguments qui sont émis :  "pour" ou "contre" l’ordination des femmes.   Le rapport préparé par la Commission sur la recherche et la pratique pastorale est approuvé, en vue de sa publication, par le comité administratif de la Conférence nationale des évêques catholiques américains.  Le rapport s’intéresse spécifiquement aux questions qui concernent  l’ordination des femmes au diaconat ou au presbytérat.  Toutefois, l’étude n’est pas considérée comme définitive, elle constitue une contribution au dialogue : « Son but est d’encourager une étude et une discussion plus approfondies, tout en s’efforçant honnêtement de faire apparaître les questions principales qui doivent être examinées à fond avant que l’on puisse donner des réponses définitives ». (DC1633 .529)  Tout en soulignant l’unité organique de la Révélation et sa cohésion interne,  les évêques soutiennent qu’ils ont recherché  dans un premier temps, les arguments traditionnels, théologiques et scripturaires, qui jusqu’à ce jour ont été énoncés en théologie classique pour refuser l’accession des femmes au sacerdoce ministériel. L’étude reprend sensiblement les mêmes données que l’épiscopat canadien. Cependant, il est souhaitable d’ajouter que l’épiscopat considérait comme non valide une argumentation à partir de ces fondements uniques. (DC1596 .988). Toutefois, l’étude américaine souligne la complexité de la question et demande une étude plus poussée des critères suivants :  l’incarnation – l’interprétation – la tradition. Ma recherche concerne ce dernier aspect. À ce moment-là,  la Conférence nationale des évêques américains est profondément convaincue que la discipline actuelle, qui est bien fondée, continuera à être entièrement en vigueur à moins et jusqu’à ce qu’un développement théologique contraire.(cf. DC 1633 .529)  Nous croyons qu’en ce sens, le "document de travail " de la Commission Internationale de Théologie constitue un apport précieux lorsque la dualité du service eschatologique et le dualisme de la spiritualité du prêtre  intègrent tous deux, la mission de Marie de Magdala au matin pascal (Jn 20, 18 ss.). (cf. DC 1633 .529); cf. COLL I, 137) La Commission épiscopale américaine conclut en précisant qu’« il est bien évident que chacun des points énumérés dans le "document de travail" de la Commission Internationale de Théologie requiert une étude approfondie. Selon leur perception, l’étude qui est nécessaire ne fait que commencer. »  L’analyse critique d’Inter Insigniores réalisée par Hans Urs von Balthasar indique le même cheminement : « Nous n’en sommes, écrit-il, qu’à nos premiers balbutiements »  ( la tradition  ininterrompue... et ouverture ministérielle ).
 
Quelques mois se seront écoulés lorsque le pape Paul VI répondant au vœu exprimé par l’Assemblée synodale sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde (1971), crée une Commission d’étude sur la Femme dans la Société et dans l’Église.  Une femme sera chargée de son annonce officielle.
 
2.4.2: la Commission d’étude sur la femme dans la société et dans l’Église
 
Le 3 mai 1973, Mlle Pilar Bellosilo, présidente de l’Union Mondiale des Organismes Féminines Catholiques , "participante" au Concile Vatican II et au Synode des évêques de 1971, présente l’annonce officielle de la Commission pontificale sur la Femme dans l’Église et la société comme membre de la Commission.  L’annonce officielle est présentée aux journalistes dans la Salle de presse du Saint-Siège. La formation du Comité d’étude sur la Femme dans la société et la vie de l’Église est composée de vingt-cinq membres : quinze femmes provenant de toutes les parties du monde et ayant des vocations différentes, et dix hommes, ecclésiastiques et laïcs, experts en théologie biblique et dogmatique, en morale, en liturgie, en droit canonique et civil, en sociologie, en journalisme.
 
2.4.2.1:  annonce de la Commission, son point de départ et son plan de travail
 
Mlle Pilar Bellosillo indique les raisons qui ont conduit à la création de la commission spéciale, chargée d’étudier le rôle de la femme dans la société et la vie de l’Église : « Après une étude attentive de la  question et suite à de nombreuses consultations, le Saint-Père a décidé d’accueillir la proposition du Synode des Évêques et il en a confié la mise en œuvre à une Commission spéciale dont la composition a été publiée le 3 mai 1973. La nouvelle Commission a un caractère temporaire et elle devra présenter ses conclusions au Souverain Pontife. » (DC 1633 .508)  Mlle Bellosillo poursuit son exposé en présentant l’objectif de la Commission. Selon les directives du Saint-Père, la Commission a pour tâche d’étudier, avant tout, le rôle spécifique de la femme dans la société et les relations homme-femme, sur la base de leur "égalité radicale" mais aussi à la lumière de leur diversité et de leur complémentarité. L’analyse est fondée sur un examen objectif, envisageant, autant que possible, les diverses conditions de vie, les situations heureuses ou malheureuses des femmes dans le monde, leurs aspirations et leurs frustrations.  L’objectif consiste à rendre les hommes et les femmes plus conscients des obstacles comme des possibilités qui se présentent en ce qui concerne la valorisation de la femme dans les diverses communautés sociales : famille, profession, cité, nation, relations, et autres.  Par sa méthodologie, la Commission devra préciser ce qui, dans la mentalité et dans les structures des diverses civilisations, de même que dans les divers milieux sociaux, peut être changé afin de garantir une authentique promotion de la femme. Aussi, est-il évident qu’une telle analyse sur la place de la femme dans la société soit conduite à la lumière de la conception chrétienne de la femme, afin de situer la pensée ecclésiale sur ce sujet? L’annonce officielle fait référence à l’ouverture envers la femme, établie depuis le Concile Vatican II.  Toutefois, dès le point de départ, des limites sont imposées.  Provenant du Pro-Memoria, elles décevront toutefois la personne même qui contribuait à son annonce officielle. La question de l’ordination de la femme sera exclue de l’étude.  (cf. DC 1633 .508-509)
 
2.4.2.2:  exclusion d’une étude sur le ministère ordonné féminin
 
La Commission explicite les raisons fondamentales qui déterminent son action.  L’étude est effectuée afin de définir les divers rôles féminins.  En tant que laïque à part entière, la femme peut participer à la direction d’organisations catholiques ou de conseils pastoraux diocésains ou nationaux ; entrer comme membre ou consulteur dans les organismes de la Curie romaine ; avoir un rôle dans la liturgie (lecture de l’Écriture, distribution de la communion).  Les ministères féminins (non ordonnés) qui seraient conférés par l’évêque sous une forme liturgique appropriée pourraient être ceux d’infirmière, d’assistante sociale, de missionnaire, d’orante et autres. Bien que l’argumentaire correspond à l’aggiornamento conciliaire, la Commission conserve son autonomie. Les conclusions seront présentées au Saint-Père. Toutefois, et cela est fondamental pour la compréhension du rôle de la Commission, la question de l’ordination de la femme ne sera pas étudiée par cette Commission : « L’objet formel de la Commission n’est ni le problème de l’ordination ministérielle des femmes, ni le domaine des ministères non ordonnés, ni le rôle de la femme dans la famille.  La Commission s’occupe essentiellement de la participation et des responsabilités ecclésiales et sociales de la femme, à la lumière des résultats obtenus par les sciences : - anthropologie – psychologie – biologie – sociologie.  Ces résultats seront confrontés à la Parole de Dieu. » ( DC1665 .1046).   La Commission adopte une méthode de travail qui s’effectue en sessions plénières et en groupes d’études ; les travaux sont coordonnés par un groupe restreint qui collabore à Rome avec le président, Monseigneur Enrico Bertoletti, membre du Conseil du Secrétariat du Synode des Évêques.  Les femmes, religieuses et laïques, des différentes régions culturelles, sont très souvent consultées. Trois sessions plénières ont eu lieu (15-18 novembre 1973 ; 26 février-3 mars 1974 ; 20-25 juin 1974). Ces sessions ont permis un échange d’idées qui reflètent la diversité des situations culturelles.  Les situations culturelles expriment les incertitudes et les tensions des nouveaux rapports que l’on essaie d’instaurer. La première session s’est occupée plus spécifiquement de la femme en tant que personne par la reconnaissance non seulement des droits, mais aussi des devoirs envers elle.  Du point de vue théologique, on est invité à considérer la mission de la femme dans la société et dans vie de l’Église.  La participation des femmes aux responsabilités pastorales et l’accès aux ministères non ordonnés deviennent alors l’objet d’études qui sont effectuées en collaboration avec la Congrégation pour la Discipline des sacrements et autres organismes compétents. Les résultats de ces études ont permis de présenter certaines exigences.  Il s’agit alors de percevoir la femme comme "personne théologique". Ainsi, serait évitée une dichotomie entre Église et société, entre Église et monde.  Tout en affirmant les limites de l’étude, concordant à la pensée de Gaudium et Spes, on demande cependant de la compléter par des sondages et autres consultations jugées nécessaires. (cf. DC1665 .1046)
 
Après trois sessions, la Commission procède à la rédaction provisoire et impartiale de quelques textes, sur le thème : la personne humaine, homme et femme, dans le dessein de Dieu. L’étude comprend deux parties, l’une provenant  des sciences humaines (M.-T. Graber-Duvernay) et l’autre de la théologie biblique (I.de la Potterie). Un autre sujet retient l’attention, telle la participation de la femme aux responsabilités pastorales dans l’Église. On y présente la documentation sur les réalisations et les difficultés dans ce domaine.  Une attention particulière est accordée aux nouvelles responsabilités des religieuses et la Commission tiendra compte d’un sondage sur l’accès des femmes aux ministères "non" sacerdotaux. De là découlent quelques recommandations au sujet de la participation de la femme à l’évangélisation.  On souligne la nécessité d’une action éducative généralisée – clergé et laïcat – afin de permettre une plus vaste participation de la femme à la mission de l’Église. La Commission souhaite que chaque conférence épiscopale examine les problèmes de leurs pays respectifs, et communique par la suite ses expériences et ses suggestions. (DC 1665 .1046)
 
    Dès lors, l’étude présentée par Mlle Dirkje Donders, suite au décès de Mlle Rie Vendrick, membre du "groupe des cinq", permettra de comprendre la déception des représentantes d’organismes féminins mondiaux, car celles-ci ne pouvaient que présenter la parole des femmes qui leur avaient confié ce mandat.
 
2.4.3: la participation de Mlle Rie Vendrick à la Commission pontificale
 
Ma seconde étude provient de la participation de Mlle Rie Vendrick à la Commission pontificale. Elle résulte de l’étude de Mlle Dirkje Donders à qui l’on demandait, suite au décès de Mlle Rie Vendrick le 17 septembre 1982, d’étudier sa participation à  la Commission pontificale sur la Femme dans la société et dans l’Église. Je retiens plus spécifiquement la question de l’exclusion de la question du sacerdoce ministériel.  Comment fut-elle justifiée ?   Selon l’étude de Dirkje Donders, les raisons évoquées concernent le lien entre laïcat et les fondements sacramentels. On évoque le fait que le baptême et la confirmation constituent en eux-mêmes les fondements sacramentels nécessaires pour que soient conférés aux laïcs – hommes et femmes – la plénitude de leur vocation chrétienne et, en même temps, le droit de participer, en tant que laïcs, à l’apostolat hiérarchique de l’Église.  Pour cette raison, il n’est pas nécessaire de conférer à la femme les ordres sacrés. À cet effet, Rie Vendrick rappelle cette position critique; l’ordination n’est-elle pas toujours proférée aux hommes (baptisés et confirmés) ?   Toutefois, bien que la question de l’accession des femmes au sacerdoce ministériel ne fut pas retenue dans le Pro-Memoria, le père Édouard Hamel, s.j. (Canada), membre de la Commission manifestait un intérêt particulier envers la prise de parole des femmes sur le sujet:  « il faut remarquer, dit-il, que la plupart des articles traitant de la question du ministère de la femme et de son rôle dans l’Église sont écrits par des hommes. Les femmes n’ont-elles rien à nous dire de cette question qui les concerne directement ? » (cf. NE-WP? 196). Cependant, la recherche de Dirkje Donders permet d’affirmer que les femmes, membres de la Commission, n’exprimèrent pas de simples opinions ; elles consultèrent des personnes réputées, tels le cardinal Suenens, le père Édouard Hamel, s.j., le père Karl Rahner, s.j.  Le père de la Potterie qui présentait la "question théologique" aurait lui-même soumis ses travaux à d’autres pères :  les pères Le Guillou, Édouard Hamel, s,j., Yves Congar, o.p. et Karl Rahner, s.j. .(DC 1633 .509)
 
2.4.3.1:   Ignace de la Potterie et Karl Rahner
 
Tout en tenant compte de la pensée des membres de la Commission, le père Ignace de la Potterie porte une attention particulière à la dimension trinitaire (eschatologie) du ministère sacerdotal.  Il établit une analogie entre la figure féminine et l’Esprit-Saint qui, selon sa pensée, doit être considérée en relation avec la dimension trinitaire du mystère de notre foi et de son activité dans l’Église. Le père Karl Rahner s’attache à d’autres points, telles la nouveauté exégétique et les questions théologiques qui ne sauraient s’arrêter qu’à l’anthropologie ou à la sociologie profane.  Pour le théologien, la question du rôle la femme est plus profonde.  Aussi, partage-t-il le point de vue du père de la Potterie qui ne saurait limiter le rôle de la femme à sa seule maternité biologique :   « je partage, dit-il au père de la Potterie,  votre point de vue selon lequel l’homme et la femme sont différents, et que cette différence ne se limite pas à la seule maternité biologique, mais qu’elle se répercute à travers toutes les dimensions humaines.  Je suis naturellement aussi d’accord avec vous pour dire que ce fait est confirmé par l’Écriture.  Mais ici commencent déjà les questions. »  ( la voix tenace des femmes 44). En quête de principes herméneutiques, le théologien dit regretter de ne pas trouver une réflexion fondée selon ces principes et qui concernerait la manière de tracer une limite : entre ce qui est du domaine de la révélation et ce qui est du domaine des connaissances conditionnées par l’histoire de façon sûre et quelque peu rigoureuse. Ces deux domaines ne sont pas simplement juxtaposés, mais se compénètrent.  Par ce fait même, ils sont  difficiles à séparer. Tel qu’il sera possible de le percevoir aussi chez Balthasar, en troisième partie de notre thèse, Karl Rahner questionne l’analogie entre le "féminin" et la femme. Du point de vue biblique, le père Karl Rahner considère que la question christologique ne concerne pas l’inégalité entre les sexes. (la voix tenace  des femmes 44)
 
2.4.3.2:  la place de la femme dans l’Église (Hamel,  le Guillou , Congar)
 
Nous retrouvons la même quête chez le père Édouard Hamel, s.j. (Canada) et chez le père Le Guillou.  Le rôle des diaconesses sera perçu sous la perspective du ministère ordonné bien que les membres de la Commission conserve des réserves envers celui-ci :   « le diaconat est une chose certaine dans différentes traditions de l’Église entière et bien en tant qu’Ordo (consécration) et Mysterium (sacrement).  Toutefois, le dialogue questionne davantage les concepts de personne, de maternité et de complémentarité. Le père Le Guillou stipule que l’on ne saurait guère soutenir théologiquement aujourd’hui que l’homme est plus susceptible d’effectuer des activités dans le monde. Dans ce même ordre d’idée, le père Édouard Hamel croit que la spécificité et la complémentarité homme-femme constituent un  enrichissement pour l’Église et la Société. Exprimant sa pensée envers la perception de la femme, celui-ci croit que la sous-évaluation de la femme dans l’histoire serait attribuable à une peur de la femme. On évoque alors la nécessité de faire connaître les  travaux effectués par des femmes, plus spécifiquement sur les questions de la morale, de la sexualité, du mariage. Dans ce contexte, un déplacement est établi en regard du "document de travail " : les concepts de la virginité et du célibat ne seront plus considérés comme spécifiques de l’attachement inconditionnel. Cependant, le "groupe des cinq" déplore le fait que les rôles des femmes dans les évangiles soient sous-évalués. Il établit une position envers la dimension trinitaire et la symbolique féminine. Tel le père Rahner, le "groupe des cinq" n’établit pas d’analogie unique entre la figure féminine et l’Esprit-Saint. (la voix tenace des femmes .47)
 
2.4.3.3: dialogue entre le père Karl Rahner et le Dr Martin L. Bogdahn, pasteur luthérien
 
On  remettra aux membres de la Commission une autre lettre du père Karl Rahner.  Cette lettre fut adressée le 18 février 1974 au Dr Martin L. Bogdahn, pasteur luthérien de Bavière.  Le père Rahner conteste alors la non-acceptation de la femme au sacerdoce ministériel. Sur ce point, il rappelle la thèse doctorale du père Haye van der Meer, s.j. qui ne pouvait certifier par un dogme ecclésial le refus d’ordonner les femmes. Afin de ne pas contredire la pensée rahnérienne, je présente le texte tel que rédigé :
Il y a certes chez nous une longue et large tradition qui exclut la femme de l’ordination et je ne crois pas que cette tradition perdra si vite sa prédominance qu’on puisse s’attendre dans la pratique à un changement concret.  Néanmoins, je conteste que cette tradition puisse avoir le caractère d’un dogme (enseigné par le magistère). J’estime qu’elle est simplement le produit des hommes et de l’Histoire, qu’elle était, pour des époques révolues ou qui le seront bientôt, le nécessaire et le légitime reflet de la situation culturelle et sociale de la femme dans le monde, situation qui évolue très vite aujourd’hui. Dès avant le Concile, j’ai fait écrire à Innsbruck en 1962, par mon élève Haye van der Meer, une thèse sur la question ; il arrivait à la conclusion qu’il n’était pas possible de démontrer de façon positive que le refus d’ordonner les femmes était la conséquence d’un dogme catholique.( la voix tenace des femmes,  annexe )
 
Dans ce contexte, les limites imposées à la Commission pontificale et inscrite dans le Pro Memoria connaissent un avancé. La question ressortira et deviendra partie intégrante des recommandations du président, membre du conseil du secrétariat du Synode épiscopal, Mgr Bartoletti.
 
2.4.4:  les conclusions et les recommandations de la Commission
 
           Bien que partiels, les résultats obtenus laissent entrevoir les grandes lignes d’une nouvelle idée de l’humanité, "fidèle" aux enseignements traditionnels de l’Église, mais consciente des valeurs positives qui s’engagent envers la libération de la femme.  La Commission s’inspirant de la Parole de Dieu, de la révélation divine, affirme l’égalité de l’homme et de la femme face à Dieu tout en maintenant leurs différences et leur complémentarité.  Quelques pistes sont offertes.  Elles pointent davantage vers la sociologie, l’anthropologie et les fondements de la théologie classique : Marie, la Trinité, l’ecclésiologie, la mariologie et par ce fait même, le lien à établir entre la foi et la culture. On attribue alors à la sociologie la possibilité de faire advenir la participation des femmes au sein de la vie de l’Église. Dès lors,  nous pouvons percevoir que lAnnée internationale de la femme constitue l’un des enjeux majeurs des travaux de la Commission pontificale sur la Femme dans l’Église et la société. Ce serait dans ce but que les travaux auraient été réalisés. La Commission portera la teneur de leurs travaux aux différents dicastères romains, aux organisations internationales catholiques et à l’Union internationale des supérieures générales afin d’élargir la perception de la femme en Église et dans la société. Toutefois, bien que  l’exhortation  apostolique  Marialis Cultus soit publiée (1974), il est cependant étonnant que ce ne fût pas le rôle de Marie, première disciple qui fut privilégié comme soutien à la possible participation des femmes. Il aurait été très intéressant dans cette étude de citer l’article 35 de l’encyclique Marialis Cultus :  « D’abord, la Vierge Marie a toujours été proposée par l’Église à l’imitation des fidèles, non point précisément pour le genre de vie qu’elle a expérimenté, d’autant moins que le milieu socioculturel dans lequel elle s’est déroulée est aujourd’hui presque partout dépassé, mais parce que, dans les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de Dieu (cf. Lc 1, 38), elle a accueilli la parole et l’a mise en pratique, elle a été inspirée dans son action par la charité et l’esprit de service : en résumé, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ.  Tout cela a une valeur exemplaire universelle et permanente.  » (DC1665 .1046) À la fin du rapport de Mgr Bartoletti au Synode épiscopal, plusieurs pères ont pris la parole pour demander des éclaircissements.  Il s’agit de : S.B. le Patriarche Cheiko, Mgr Durant, Mgr Hermaniuk, le cardinal Wojtyla (le futur pape Jean-Paul II), Mgr Lamont, le cardinal Suenens, Mgr Ruhuna, le R.P. Lécuyer, le cardinal Garrone. (DC1665 . 1046)