LA DÉCLARATION INTERINSIGNIORES analyse et prospectives À PARTIR DE LA PENSÉE DE HANS URS VON BALTHASAR/MARGO GRAVEL-PROVENCHER
 
 
 
La dernière prière de Jésus et la matrilinéarité juive 
selon l’entièreté du Psaume 22


CONCLUSION 
La dernière prière de Jésus et la matrilinéarité juive 
selon l’entièreté du Psaume 22

1. Première partie: Prolégomènes à la question posée par Inter Insigniores 
2. Deuxième partie: Le Fiat de la Femme, le féminin et la féminité, une mission eclésiale 
    christologique 
3.Troisième partie: De la haute dignité de la femme à la femme prêtre: Marie, symbole d’Israël 


La dernière analyse reprend les conclusions rédigées dans les trois parties de ma thèse.   Le titre est le suivant:  La Déclaration Inter Insigniores.  Analyse et prospectives à partir de la pensée de Hans Urs von Balthasar.  Les trois parties de ma thèse s’intitulent comme suit : (1) Prolégomènes à la question posée par Inter Insigniores ; (2) Le Fiat de la Femme, le féminin et la féminité, une mission ecclésiale et christologique selon la trilogie balthasarienne ; (3) De la haute dignité de la femme à la femme prêtre, Marie symbole réel d’Israël. Afin d’établir un lien entre chacune des parties, l’entièreté des conclusions sont proposées selon le processus suivants: ler et 2e chapitres en première partie ; 3e, 4e et 5e chapitres en deuxième partie ; 6e chapitre en troisième partie.  Ces conclusions sont suivies des « perspectives d’avenir » envers la question posée tout au cours de ma recherche.  Le titre de l’Épilogue est le suivant:  La dernière prière de Jésus et la matrilinéarité selon l’entièreté du  Psaume 22. En fait, l’entièreté du Psaume permet d’établir l’interrelation entre le christianisme et le judaïsme et ce, au moment crucial de la mort de Jésus-de-Nazareth (dialogue entre juifs et chrétiens).  Dans cette dernière prière, le rôle fondamental de la Femme confessé par Jésus apparaît avec acuité. L’auteur choisi,  Hans Urs von Balthasar permet  de justifier le long processus qui nous conduit vers l’intégration du rôle de la femme à tous les niveaux des ministères ecclésiaux  Par un regard neuf posé envers la Mission de la Femme et l’intégration de celle-ci, sous la "constellation christologique" de l’ordination sacerdotale (Liber de Ordinatione), la dimension trinitaire de la doctrine ministérielle du  pape Paul VI oriente et soutient la visée théologique à laquelle tend l’oeuvre balthasarienne.  Tel que soutenu dans le développement de cette recherche, on  ne saurait  dissocié l’expérience spirituelle et les récits scripturaires de Madame Adrienne von Speyr, femme mariée, deux fois.  La méthodologie de l’esthétique théologique permet de discerner la visée théologique nouvelle. Dans ma thèse, elle ouvre de nouveaux horizons pour les personnes qui ont reçu l’Appel De Dieu en notre temps, et qui sont en attente d’authentification de leur mission par l’Église. En esthétique théologique balthasarienne, le rôle du sujet récepteur est fondamental et demande sa réception (cf. I.I.  a. 38/ cf. annexe 1).

PARTIE I

Dès les premiers volumes de la trilogie,  Hans Urs von Balthasar établit les principes qui favorisent le renouveau de la pensée : l’indissociabilité entre l’évidence subjective et l’évidence objective de l’expérience de foi pour une ouverture à la mystique ecclésiale qui se révèle dans l’action de foi (aspects esthétiques de la Révélation).  Par un retour aux sources, cela permet d’élargir la compréhension de l’"être femme" non plus uniquement comme symbole spirituel ecclésial, mais comme être réel (Soloviev).  Cette attention sera constante en théologie balthasarienne.  Dans cette partie d’analyse, un premier déplacement correspond à l’objectif fixé dans cette thèse doctorale :  le ministère sacerdotal sera présenté sous son aspect de service (diaconie). Toutefois, il devient de première importance de saisir le lieu où cela peut conduire les théologiens et les théologiennes contemporains.  À cet égard, nous ne devons pas nous méprendre sur le sens du service (Inter Insigniores).  Ici, la diaconie est perçue dans une vision englobante de la représentation ecclésiale du nouveau ministère sacerdotal: « le service hiérarchique ne peut qu’être qu’un diaconat ecclésial (service auxiliaire), qui se ramène tout entier au service envers le Christ et la communauté, et qui est par lui-même tout à fait effacé, quand bien même le rôle lui incomberait de rendre possible la présence réciproque du Christ et de la communauté, conformément à l’ordre reçu ». (HUVB-GC-ESTH 486) Nous retrouvons ainsi, la définition du service sous l’aspect kénotique du Serviteur de Yavhé (cf.lère partie, 2e chapitre). Toutefois, afin d’atteindre une relecture de la question posée par Inter Insigniores, tel que défini en première partie dans le "document de travail" du Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde (1971), lieu où le rôle de Marie de Magdala apparaît comme un impératif (spiritualité du prêtre et dimension eschatologique du service eschatologique),  nous ne devons pas oublier le rôle fondamental de Marie dans la tradition ecclésiale.  Von Balthasar ne saurait dissocier  la tradition mariale des traditions pétrinienne, paulinienne et johannique.  Le premier volume de la Gloire et la Croix en introduit les composantes (cf. Le complexe antiromain; The Office of Peter and the Structure of the Church).  Tout en justifiant pleinement la place de la Femme à tous les niveaux de la vie de l’Église, il est nécessaire de saisir pourquoi celle-ci devient un impératif (lère partie, 2e chapitre) par la non-dissociation de la mission ecclésiale accordée à la personne touchée par la grâce (révélation privée) par l’insertion de la charis reçue à la vie de l’Église (révélation ecclésiale).  À cet égard, celui-ci soutient, en première partie des volumes de la Gloire et la Croix, qu’il s’agit d’un don de grâce accordé à l’individu en fonction de sa mission ecclésiale, de sa médiation ministérielle. (cf. GC-ESTH 351) De là découle, son attention envers la mission "personnelle" de Marie et des missions féminines de Marie de Magdala et de Marie de Béthanie (DD-PR II  224).

4.2 : Douze grandes intuitions théologiques selon Styles I et II. La transformation du concept philosophique ministériel de la « matière-forme » en théologie sponsale de l’« époux-épouse » permet l’acception des "intuitions théologiques" qui ouvrent objectivement les questions posées par la mystique ecclésiale. Von Balthasar introduit cette question en présentant la pensée de douze auteurs, reconnus pour leurs intuitions théologiques.  Il décrit ces pensées dans son second volume de la Gloire et la Croix, publié en deux volumes (Styles I-II).  Ces douze auteurs ont guidé la construction de son esthétique théologique : (1) la dimension trinitaire du rituel eucharistique chez Irenée;  (2) les catégories du bien, du vrai et du beau d’Augustin dont l’ordre de présentation sera transformé par Balthasar; (3) la théologie mystique, symbolique ou spirituelle de Denys; (4) l’intuition théologique ascendante et descendante d’Anselme; (5) la théologie sponsale christologique de l’époux et de l’épouse chez Bonaventure; (6) l’éternel féminin, une théologie laïque : de sainte Lucie, l’ecclesia sanctorum à Marie, l’immaculata ecclesiae, archétype de l’Église chez Dante; (7) l’esthétique théologique de Jean de la Croix; (8) Pascal, la figure de proue en esthétique théologique; (9) le  « don » de prophétie, fondement de l’esthétique théologique chez Hamann; (10) l’éternel féminin non plus uniquement comme symbolique, mais comme être réel chez Soloviev; (11) la personne humaine, au centre de l’esthétique théologique : le oui humain, nœud entre Marie et le Christ chez Hopkins et (12) Péguy, en qui nous retrouvons le « cœur » de la pensée balthasarienne. Selon  von Balthasar, Péguy serait le meilleur représentant de l’esthétique théologique, car il perçoit le christianisme comme "accomplissement" de l’Antiquité et d’Israël en la personne du Christ. Dès lors, le célèbre : salut par les Juifs de Léon Bloy, provenant des récits bibliques de la samaritaine inspire toute sa pensée (Jn 4,22).  Cette perception  présentation de Myriam-Marie comme symbole réel d’Israël soutient la question de la femme-prêtre  au troisième partie de cette recherche doctorale (NE-WP?, 192).

4.3 :  Le Domaine de la Métaphysique. Tenant compte des "intuitions théologiques",  von Balthasar introduit peu à peu le Domaine de la Métaphysique.  Toute pensée nouvelle jaillit du cœur de l’être et doit découvrir sa propre visée théologique ou politique. De plus en plus, il devient possible de situer la théologie balthasrienne à l’aurore du dialogue œcuménique conciliaire (Bernard Sesboué).  Toutefois, cette partie de la thèse fut, pour ma part, la partie la plus difficile et en même temps la plus intéressante de la Gloire et la Croix, car en elle, je découvrais ce qui est au cœur de l’esthétique théologique balthasarienne. Tel que cité précédemment, von Balthasar présente la gloire divine selon le kabôd hébraïque et la doxa grecque.  Présentée sous trois aspects : les Fondations; les Constructions; les Héritages, la révélation de la "gloire" divine s’in-humanisant en tout être humain constitue l’ensemble des volumes.
 
4.3.1 : Les Fondations.  Dès le premier volume du Domaine de la Métaphysique, les Fondations présentent sous trois aspects la question du Dieu se révélant dans l’histoire de l’Humanité; le mythe et l’apparition du dieu personnel (Homère : Ulysse et Athéna), la philosophie et la religion. Avec Hésiode, le poète lyrique se voit investi d’une mission qui engage l’éthique.  La tragédie cultuelle grecque sera perçue comme la clé d’or du christianisme.  Toutefois, la métaphysique établit le passage du mythe à la philosophie devenue sagesse (sophia). Cependant, Platon voit le passage dans le réel de la tragédie. Père de la philosophie, celui-ci se verra dans l’obligation d’établir un lien indissociable entre la philosophie et le politique. Comme témoin de la vérité, le philosophe se situe au centre de la tragédie et Socrate serait mort pour la vérité. Toutefois, la philosophia se tournera peu à peu vers la sophia (science sacrée); l’harmonie, appelée la plus grande sagesse, s’identifie à l’accord cosmique et humain.  C’est le point final d’une éthique esthétique immanente au monde, et, la naissance de l’esthétique philosophique qui tente d’interpréter la "gloire divine" en direction de la sublimité humaine, ou ce qui reviendrait provisoirement au même chez  von Balthasar, de la sublimité cosmique.  Plotin héritier de la pensée grecque et Virgile digne représentant de la Rome antique influenceront la pensée chrétienne jusqu’au Moyen Age.  Toutefois,  Virgile disparaît après avoir remis son élève à la garde de "Béatrice", figure de l’ amour éternel, antichambre, dit-il, oui, mais combien indispensable, puisque nous ne pouvons devenir chrétiens qu’après avoir été juifs ou païens.  

4.3.2 : Les Constructions. Le deuxième volume de la Métaphysique, les Constructions embrassent le Moyen Âge et les débuts de l’ère moderne et intègrent la métaphysique des saints et des saintes.  Au Moyen Âge,  les aspects, psychologique et subjectif de l’esthétique théologique ne semble pas les inquiéter. Dans un premier temps, l’humain est perçu en parfaite harmonie avec l’univers (Boèce). C’est l’harmonie theo-cosmique. Sous la puissante impulsion de Cassiodore, un large fleuve d’esthétique, d’une authentique antiquité, coule en direction du Moyen Âge, mais, déjà ou encore, on y surprend un son vraiment biblique.  Capté par une oreille très romaine, celui-ci retentit à l’avenir davantage dans la liturgie romaine que chez les théologiens médiévaux.  Cependant, la  Summa de Bono de Philippe le Chancelier deviendra son lieu de référence fondamentale pour le développement de son esthétique théologique. Von Balthasar considère l’esthétique transcendantale de Philippe le Chancelier. Celui-ci aurait écrit le premier un traité sur les propriétés transcendantales de l’être, c’est-à-dire dépassant tous les genres et convenant à tout étant en tant que tel. Ce serait en partant de ce traité que les auteurs et compilateurs de la Summa Alexandria auraient composé leurs développements, relayés par l’anonyme d’Assise qui pourrait être le jeune Bonaventure. Pendant les décennies de 1230 à 1270, la question du caractère transcendantal de la beauté se pose devant tous. Les références à Denys parvenant par des commentateurs, il serait plausible de croire que ce serait à ce moment-là que Thomas d’Aquin découvre l’importance d’étudier les textes à partir des sources.   « Du fait que Thomas comprend l’esse comme la plénitude non subsistante et la plénitude de tout le réel, comme aussi l’image la plus haute de la bonté divine,  Dieu devient la cause efficiente, exemplaire et finale, il peut être appelé le Tout Autre ».  (GC-MPH-2-CST  51-71) Toutefois, bien que la théorie thomiste sur la distinction réelle entre esse et essentia est une thèse philosophique, celle-ci permet pour la première fois de distinguer la beauté, gloire de Dieu,  de la beauté cosmique. (cf. GC-MPH-2-CST 72)



4.3.3 : Les Héritages. Pour ce qui concerne les Héritages et  la métaphysique des saints et des saintes, von Balthasar s’intéresse à sainte Catherine de Sienne, docteure de l’Église, tout en établissant un lien entre la "doctrine existentielle" de Catherine de Sienne et la spiritualité ignatienne. Fondamentalement ignatien, von Balthasar découvre dans son Dialogo, les mêmes perceptions de l’obéissance ignatienne.  Selon von Balthasar, cette métaphysique de l’expérience spirituelle est la base commune des différentes spiritualités de l’ère nouvelle : les mystiques du Nord et de l’Italie, les noces dans la nuit :  Angèle de Foligno, Julienne de Norwich et le nuage de l’inconnaissance : Catherine de Sienne,  Catherine de Gènes. Il perçoit une similarité entre saint Ignace et Catherine de Sienne: « saint Ignace de Loyola n’aurait rien de nouveau à ajouter aux formules de Catherine ». (GC-MPH-2-CST 157) La transformation sponsale de l’époux-épouse et leur kairos historique sont  présentés comme attitude féminine (théologie de la réception): « l’abandon, soutient-il, est une attitude féminine et, sur le plan de la création, elle est celle d’une servante, mais sur celui de la révélation d’amour de Dieu, elle est sponsale; l’idée d’abandon pénétrant au lieu de la transcendance devient le kairos d’une manière nouvelle ». (GC-MPH-2-CST 144) Nous retrouverons cette attitude féminine en troisième partie de cette thèse. Par sa valeur d’intégration, von Balthasar n’occultera pas le rôle biblique de la femme.  Aussi, déplore-t-il le fait que les  commentaires du Cantique des Cantiques soient uniquement masculins bien qu’à partir de l’âge gothique et jusqu’au baroque,  les femmes émergent dans le domaine spirituel. Cofondateur de l’Institut St-Jean avec Madame Adrienne von Speyr, von Balthasar ne peut qu’être interpellé par cette "phénoménologie de la vérité" ( Théologique, Vérité du monde), troisième partie de sa trilogie.

4.4 : La Révélation biblique.  Le quatrième volume présente en deux parties la Révélation biblique (AA; NA) bien qu’il serait préférable de les présenter en un seul volume. Dès le point de départ, von Balthasar n’a qu’une pensée : établir le transcendantal du beau comme lieu fondamentalement ouvert à la révélation divine. Sans le dissocier du bon et du vrai, le beau vient exprimer la proximité du Dieu de Jésus-Christ.  Désormais, en Lui, tout peuple et toute race peuvent se reconnaître.  Toutefois, tel que nous l’avons compris tout au cours de cette présentation, celui-ci ne saurait limiter son analyse de la révélation biblique à la seule méthode historico-critique. Il s’agit d’établir l’indissociabilité entre la philosophie et la théologie, car selon von Balthasar, celle-ci pénètre la pensée et ouvre de nouveaux horizons (Le complexe antiromain et la mission johannique de Pierre).  Par une vision englobante de la  gloire de Dieu, kabôd hébraïque et δόξα grecque, il permet une compréhension nouvelle de l’humanité du Christ qui ne se limite pas à la corporéité masculine, mais englobe l’Humanité tout entière, de l’Antiquité à la postmodernité.   À la lumière de la résurrection, il relit les Écritures en intégrant  la mystique ecclésiale,  les grandes intuitions théologiques, la métaphysique et le possible appel à la nouveauté. La grâce de Dieu advient en tout être humain.   De la première alliance à la nouvelle Alliance!  «Devant ce paradoxe qui commence avec la révélation du Tout Autre par lui-même et qui se termine par l’Action de grâces de la créature réintégrée, il n’existe aucune échappatoire » (GC-AA 14), écrit von Balthasar.  Du fait de sa contingence, le monde renvoie à la Liberté souveraine de Dieu qui inspire, étonne, engage. De là découle selon ma perception l’urgence de répondre à la question posée par Inter Insigniores. En ce temps précis de l’histoire ecclésiale et sociétale, l’ordination de la femme apparaît comme essentielle pour la foi de nos contemporains et de nos contemporaines.  

En bref, le christianisme balthasarien est héritier de tout l’effort antérieur de la pensée occidentale. Sa mission est alors d’intégrer dans la contemplation de la gloire divine elle-même toute la gloire de l’être. Telles apparaissent les bases essentielles pour toute prière chrétienne eucharistiée.  Dès lors, il devient possible de percevoir l’immense regret du père von Balthasar lorsque la traduction française publie les deux volumes de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, sans avoir auparavant publié le Domaine de la Métaphysique.  De là découle, selon ma perception, le vide théologique mentionné par Inter Insigniores et la demande de recherches ultérieures en théologie classique.  Cependant, bien qu’il semblerait plausible qu’Hans Urs von Balthasar se dissocie de cet aspect par l’orientation de son analyse (du mythe au réel), la dimension trinitaire contenue dans l’ensemble de sa trilogie (eschatologie) initie un nouveau courant de pensée.  Désormais, la vie en Église est tournée vers la dimension trinitaire de toute personne humaine dans le Christ Jésus.  Ce lien rend possible l’intégration de la Femme à l’homme (vir) Jésus (récits lucaniens). Les récits bibliques corroborent  ainsi le charisme fondateur évoqué dans sa métaphysique des saints et des saintes (Constructions). 

La Dramatique divine, deuxième partie de la trilogie et cinquième chapitre de cette thèse, touche sensiblement à cet aspect particulier par l’entrée en scène de la "personne dans le Christ", l’in persona Christi par la « réponse de la femme » (3e volume et 5e volume).
5e chapitre : La Dramatique divine, objet du cinquième chapitre et deuxième partie de la trilogie balthasarienne permet de discerner la communion de tout être humain "en Dieu" et "dans le Christ Jésus".  Par cette constellation christologique des  personnes théologiques, Hans Urs von Balthasar permet de dégager la mission "personnelle" de Marie et “en elle” les missions féminines de Marie de Magdala  (vie-mort-résurrection) et de Marie de Béthanie (modèle de la théologie). Selon l’exégète Raymond E. Brown, il s’agirait en théologie johannique de la "tradition des trois femmes", bien implantée au sein du christianisme primitif. La présentation des conclusions du cinquième chapitre concerne diverses thématiques retenues afin de faire évoluer la question posée dans cette thèse qui me conduit en troisième partie à poser la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel par l’intégration de la dramatique balthasarienne qui fut présentée comme suit : (1) le " théâtre ", un aspect oublié (philosophie et théologie); (2) l’acteur, un prédicateur laïc (antiquité); (3) la "péripétie" comme événement transformant; (4) le Christ, "icône" de la Trinité, "icône" de l’Humanité; (5)  L’"action" : Marie et le ministère de Pierre;  (6) Le "dénouement"  comme intégration de l’oeuvre vonspeyrienne et ouverture aux questions actuelles. 

5.1 : Le "théâtre", un aspect oublié. Dès les Prolégomènes, Hans Urs von Balthasar manifeste son intérêt particulier envers l’aspect du "théâtre" qui aurait été oublié aussi bien par la philosophie que par la théologie (Diderot).  Nous retrouvons alors la "clé d’or" pour la compréhension du christianisme : la tragédie grecque (4.3.1.1.3). Dans ce parcours qui interroge les metteurs en scène et le jeu de l’acteur, ces derniers ne sont pas considérés comme absent de la projection qu’il reflète.  Toutefois, ils ouvremt ce jeu scénique à la quête, à la découverte, à la révélation de ce qu’ils sont ou  tout simplement à la Révélation véritable.   Accepter l’entrée en scène, c’est aussi s’apprêter à recevoir sur soi et en soi, une possible révélation autre que celle indiquée dans le jeu de l’actant par une ouverture à tout possible.  Von  Balthasar interroge les grandes œuvres théâtrales d’Eschyle à Ionesco,  ses metteurs en scène et ses acteurs. Dans un second temps, il questionne les sciences humaines : psychologie, sociologie, philosophie.  Nous sommes au cœur de la méthodologie de la théologie classique tout en s’en distançant par l’intégration de la mission personnelle de l’actant à la dimension trinitaire christologique. En  interrogeant les psychologues (Freud, Jung, Adler), le sociologue Simmel, les philosophes (Fichte, Hegel, Schelling), les grandes médiations (la figure royale, le génie, la loi individuelle, le principe dialogal) et en dernière instance, la relation du Je et du Tu, une lumière laisse entrevoir une réponse. On y entend la véritable question, cette "question existentielle" indispensable en grande "théologie classique", tel que le soutient von Balthasar. Cette quête existentielle qui, depuis Inter Insigniores, devient recherche des critères d’accessibilité au sacerdoce ministériel selon les fondements de la théologie classique. Dès lors, on y entend cette question fondamentalement "mariale" et "christologique" : « Pour vous, qui suis-je?».

5.2 : L’acteur, un "prédicateur" laic (antiquité). Devant le morcellement des sciences, Hans Urs von Balthasar tente de redonner à la philosophie et à la théologie ce qui fait partie d’elle-même. Aussi, perçoit-il l’acteur comme un prédicateur laïc (5.1.1) qui, par le voilement et le dévoilement, s’apprête à découvrir soit une révélation sur lui-même ou peut être, encore plus, la Révélation elle-même.  C’est ainsi qu’il établit l’analogie, entre la scène et la théologie. Par cette dynamique de la révélation comme événement, celui-ci nous conduit peu à peu vers l’exploration de la profondeur de la révélation biblique dans un effort sans cesse à renouveler, au lieu de la recevoir comme un produit inerte. À cet effet, il renouvelle la pensée.  Par cette démarche de foi, le théologien et la théologienne tout comme l’acteur doivent accepter de recevoir peut-être plus qu’ils ne désiraient obtenir.  Soudainement un éclair jaillit et éclaire tout l’ensemble. Ici, le "cherchez et vous trouverez" augustinien résonne toujours en nos cœurs lorsque transformé, il devient : "et, si tu trouves, continue de chercher comme si tu n’avais point trouvé".  La lumière ne nous est-elle pas donnée au bout de l’effort humain (Teilhard de Chardin)? C’est ainsi qu’il tente de répondre à la question fondamentalement contemporaine : dans le monde actuel, comment comprendre l’homme, lequel est homme et femme, esprit incarné dans le monde, individu dans la société? (DD-PR postface)  Ainsi apparaît sous la thématique des personnes théologiques, la mission "personnelle" de Marie et les missions féminines de Marie de Magdala et de Marie de Béthanie; elles sont présentées sous la "constellation christologique" primitive tout en étant "intégrées" à la "constellation christologique" de Pierre, Paul, Jean et Jacques (5.3.1).   


5.3 : La "péripétie" comme événement transformant. Pour von Balthasar, si la question vient de la fin du récit, le point de départ en esthétique théologique concerne notre intégration au mystère pascal (méthode inductive).  Le mystère pascal est la révélation du Beau, du Bon, du Vrai (F.X. Durwell, Louis Bouyer, A. von Speyr). Pour von Balthasar, il n’y a d’anthropologie que dans la dramatique.   Puisant à la théologie des pères grecs, l’ouverture au Dieu qui se révèle ne peut se dissocier de la compréhension de cette révélation, tel qu’elle provient dans l’histoire présente de notre humanité.   Von Balthasar revient constamment à sa pensée première : confronter la théologie la plus explicitement catholique avec la philosophie fondamentale et l’horizon plus large de la pensée, principalement occidentale (Philon, Origène, Basile). (DD-PD1 876)

5.4. Le Christ, "icône" de la Trinité et "icône" de l’Humanité. La dimension trinitaire de l’événement Jésus-Christ, icône de la Trinité et icône de l’Humanité prend alors tout son sens.  Une nouvelle façon de percevoir le monde rend présent le passé et ouvre le devenir. De l’Antiquité à la postmodernité, une seule et unique parole révèle la beauté de notre condition humaine. Chez von Balthasar, la  réalité englobante de l’Humanité dans le Christ Jésus provient en même temps de la dimension trinitaire (mort-résurrection) et des origines de l’histoire humaine.  Questionnant la preuve théologique, il initie un nouveau courant de pensée. La  preuve théologique ne provient plus de la "fixation" historique, mais de l’"ouverture" à la nouveauté.  À cet égard, von Balthasar manifeste sa foi envers la perspectivité des théologiens et des théologiennes contemporains. Ce que nous appelons "image de Dieu" en l’humain perd tout ce qui serait aspect fixé et fixité objective. L’idée centrale demeure que c’est seulement dans le Christ, Verbe incarné (unus de Trinitate) que tout être humain devient personne et personnage. (cf. DD-PD2 409-423)  

5.5 : L’"action" : L’interprétation théologique, une théologie en acte.  Chez von Balthasar la réponse de la femme est essentielle au christianisme.  En ce lieu, la mariologie et l’ecclésiologie sont étroitement liées. Dans sa dramatique de l’"action",  il pose les jalons nécessaires au questionnement présenté dans cette thèse doctorale : l’"action" comme possible interprétation théologique. Tous et toutes sont appelés à vivre en communion avec le Dieu de l’Alliance : Hommes et Femmes à Son Image, Il les créa (Ga 3, 28è Gn 1, 27).  Dès lors, un autre aspect de la Genèse prend sens soudainement : tu quitteras ton père et ta mère pour former avec ta femme, une seule chair. À cet égard, le rôle fondamental de Marie, personne "morale" de la ""foi d’Israël", constitue la clé de lecture de la théologie balthasarienne, inspirée d’Adrienne von Speyr et des pères de l’Église. Par une théologie inductive, les personnes dans le Christ (3e volume de la Dramatique) ne dissocient pas l’homme (ish) de la femme (isha), ni Marie du ministère johannique de Simon (Jn 21, 15-17). (DD-AC 479)

5.6 : Le "dénouement"  comme intégration de l’oeuvre vonspeyrienne: Au "dénouement" de la Dramatique divine prend forme les fondements et la visée théologique de la trilogie balthasarienne.   Dans la réécriture de l’oeuvre scripturaire de Madame Adrienne von Speyr qu’il intègre dans son argumentaire, von Balthasar présente les citations de plus de 40 volumes vonspeyriens dans le texte.   En ce lieu,  l’unité duelle de l’homme et de la femme se complètent dans le Christ Jésus. Cette position "christologique" révèle, dévoile (apocalyptein)  la  relation "personnelle" du  Christ avec la femme.  En ce lieu, la perception vonspeyrienne prime sur la perception sociale de chaque être particulier (homme ou femme).  Ces deux aspects de la personne humaine ne peuvent être ni simplement identiques ni dissociés l’un de l’autre (esthétique théologique).   Tournant son regard vers le Christ, il spécifie toutefois qu’en tant que personne divine, en même temps, vrai homme (vir), il a comme second Adam une certaine analogie avec le premier.  Le mystère de l’homme et de la femme de la première création le montre, mais ce mystère reçoit sa plénitude dans la croix du Christ (mort-résurrection-eucharistie).  De ce lieu, le caractère d’éternité s’inscrit dans l’ici-maintenant nuptiale entre l’homme et de la femme, entre le Christ et l’Église, elle-même devenue mariale par le dépassement de la sexualité.  Tous deux deviennent images d’un "seul corps" mystique  par  "l’unité de l’époux et de l’épouse".  Von Balthasar rejoint ainsi la pensée du  père Henri De Lubac qui dans un commentaire de l’hymne du père Teilhard de Chardin décrit « le Cœur de la Matière comme étant le Féminin et l’Unitif, en tant que lumière éclairant le processus de concentration universelle ». (cf. DD-DN 147). Cette attention envers les origines sémites du christianisme que von Balthasar permet d’accueillir sans se dissocier de la pensée grecque ouvre des horizons insoupçonnées.  En terminant ce chapitre, il devient alors possible de méditer les dernières paroles du Christ en croix.  En ce lieu, la théologie johannique reçoit son authentification.  À la lumière des récits matthéen et marcien, l’abandon du Christ devient confession et accomplissement du Verbe de Dieu fait chair (Mc 15, 34; Mt 27, 46; cf. Ps 22, 2. 10-11. 16; Jn 19, 26-27 cf. Ps 22, 10-11; Jn 19, 29 cf. Ps 22, 16; cf. Jn 19, 30).

6e chapitre : L’intégration de la femme au Nouveau Ministère selon la Nouvelle Alliance (document de travail du Synode des évêques 1971), constitue l’aspect fondamental de la Théologique balthasarienne. En terminant cette deuxième partie consacrée à la Théologique, j’ai tenté de discerner comment les "aspects esthétiques" de la révélation divine (la Gloire et la Croix) mis en scène dans la Dramatique indiquent la visée théologique de l’œuvre commune (la Théologique). Dans ce contexte, si la première partie permet d’établir l’engagement de l’Église (Ministère sacerdotal, 2e chapitre), des pères conciliaires, des évêques et des femmes rencontrées en divers milieux (position canadienne au Synode des évêques de 1971), cette sixième partie permet de porter un regard théologique mieux éclairé sur les fondements du ministère sacerdotal. Pour atteindre cette compréhension,  huit aspects fondamentaux de la trilogie furent présentés: (1) l’image-ressemblance et la dimension trinitaire de chacune des personnes divines; (2) le "fiat objectif de Marie" à sa mission christologique; (3) les charismes fondateurs; (4) la sacramentalité et la fidélité de l’Église; (5) la dimension trinitaire selon la patristique, une problématique?; (6) le consentement marial à la Croix du Christ (passion et mission); (7) la dimension trinitaire du nouveau rituel d’ordination sacerdotale comme nouveauté et continuité; (8) l’épilogue et sa valeur d’intégration : la mission personnelle de Marie, mission de la Femme et la mission johannique comme lieu d’intégration christologique du ministère de Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu, plus que ceux-ci (…) pais mes agneaux, pais mes brebis?  (Jn 21, 15-17; cf. Jn 16, 21; Jn 19, 26-27.30).  Cependant, une dernière question peut favoriser notre compréhension du ministère de Jésus-de-Nazareth en son humanité. Il s’agit de considérer les dernières paroles prononcées avant sa mort chez Marc et Mathieu qui tous rendent possible une attention nouvelle envers la mission de Jésus-de-Nazareth.   Dans sa mort, Jésus atteste la spécificité de sa mission: « Père, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15, 34;  Mt 27, 46; cf. Ps 22, 2).  En méditant le Psaume 22 dans son entièreté, il est possible de découvrir l’accomplissement de la mission du Christ Jésus : « Tout est accompli » (Jn 19, 30) : « Tu m’as fait surgir du ventre de ma mère et tu m’as mis en sécurité sur sa poitrine. Dès la sortie du sein, je fus remis à toi; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c’est toi! » Ps 22, 10-11 (cf. Ga 4,4).   Et le psaume se poursuit dans le « J’ai soif » johannique (Jn 19, 29; cf. Ps 22, 16).

6.1 :  L’image-ressemblance et la dimension trinitaire de chacune des personnes divines. Le volume intitulé Vérité du monde (Wahrheit der Welt) reprend un des volumes Phénoménologie de la vérité,  écrit par celui-ci, sept ans après sa rencontre avec Madame Adrienne von Speyr (1940) et peu de temps après l’approbation ecclésiale des Instituts séculiers (Mater Provida Ecclesiae) . Dans la Vérité du monde, Hans Urs von Balthasar stipule que l’"image-ressemblance" ne trouve son sens et son urgence que dans le cadre d’une théologie de la Trinité.  Il comprend l’"acte de conscience" de l’individu en conformité avec le donné révélé. Il se laisse mesurer et déterminer par lui (page d’accueil et annexes; 6.2.3.2). Selon ce dernier, la polarité indissociable entre le sujet et l’objet acquiert sa "forme" dans l’"attitude contemplative" du sujet, attitude fondamentalement mariale, qui reçoit la présence de l’objet (6 .2.3.1).  Selon von Balthasar, il serait impossible de comprendre l’autre, sans percevoir et accueillir le monde selon sa perspective propre. Dès lors, celui-ci établira une différence entre "l’essence" et le "fait": l’essence déterminant l’être (nature humaine) depuis sa naissance tandis que le "fait" est facteur de transformation  (Inter Insigniores et la notion du "fait" historique?).  En accueillant l’autre dans sa différence, nous posons en acte la loi de notre être propre.  La subjectivité de Dieu fonde et construit intrinsèquement toute conscience de soi qui en accueillant son être profond produit l’acte de dévoilement.  Dans le développement de cette pensée, il est essentiel de saisir que l’Esprit de vérité agit conjointement avec le Fils et non unilatéralement.  Avec saint Irénée nous pouvons saisir que  le Christ et l’Esprit sont les deux mains du Père (6.2.1). Von Balthasar présente la dimension trinitaire en "chacune" des personnes divines (Louis Bouyer, F.X. Durwell, Adrienne von Speyr).  Évitant toute apparence de trithéisme, celui-ci tente de démontrer l’intériorité réciproque des personnes et l’action propre de chacune dans l’histoire du salut et dans la vie sacramentelle. 


6.2 : Le fiat de Marie et de Jean, aux fondements du ministère pétrinien.. Toutefois, Hans Urs von Balthasar présente l’aspect indissociable et  essentiel de cette recherche : le fiat de Marie et de Jean inscrit dans les fondements du ministère pétrinien (Jn 16,21; Jn 19, 26-27; Jn 21, 15-17). La théologie balthasarienne établit un certain rapprochement entre le "oui subjectif de l’incarnation",  le "oui objectif" de Marie et le “oui vocationnel’ (attitude mariale ignatienne). Cependant et c’est là, je le crois, le spécifique de von Balthasar : Marie n’est pas vénérée tant pour avoir tout quitté que pour son "oui" à la passion de son fils.  Que ta volonté soit faite ne peut se comprendre qu’en ce lieu  (Jn 19, 26-27). Marie accepte cette mission "personnelle" et "ecclésiale" : "dans" et "par" le Christ Jésus, elle devient en Jean "mère" en l’Église.  Von Balthasar vénère son rôle de fondatrice de l’Église et de son ministère:  « Marie, dit-il, est la mère de toute l’Église subjective-objective et donc aussi du ministère institué. » (TH-EV 306)  En ce lieu, il contemple la dernière manifestation de l’Esprit en Jésus, fils de Marie et fils du Père.  Dès lors, nous pouvons entendre ces paroles du Jésus: "j’ai soif"  et  "tout est accompli" (Jn 19, 30; cf. Mt 5, 17). ».  Selon von Balthasar, « ce ne serait qu’ainsi que le sacrifice du Fils devient un pur sacrifice : accompli par le Christ et que la Mater-Ecclesia laisse accomplir dans le parfait amour ». (TH-EV 306)  

6.3 : Les charismes fondateurs. Hans Urs von Balthasar élargit les fondements du ministère ecclésial.  Il rappelle les charismes de l’Esprit chez les fondateurs et les fondatrices de communautés sacerdotales et religieuses : la vision de saint Benoît; la vision englobante de l’histoire du salut chez saint Ignace et la doctrine existentielle de sainte Catherine de Sienne; l’esthétique théologique chez saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila.  Nous retrouvons alors les intuitions théologiques des seconds livres de la Gloire et la Croix ( Styles I-II) et  la Métaphysique des saintes (sainte Hildegarde et Julienne de Norwich) et des saints (le Domaine de la Métaphysique). À cet égard, il est primordial de noter que tout nouveau charisme, au sein de la vie de l’Église, part rarement de l’Église hiérarchique mais provient davantage des croyants et des croyantes "non ministériels" même si cela conduit, par la suite, à de nouvelles communautés moniales ou sacerdotales  authentifiées par l’Église (TH-EV 309).


6.4 : La sacramentalité et la fidélité de l’Église. Suite à cette reconnaissance des charismes de l’Esprit, il devient possible de saisir la dimension trinitaire de l’ordination sacerdotale comme lieu révélateur de la sacramentalité et de la fidélité  de l’Église.  Après avoir indiqué la "sacramentalité" du mariage chrétien, lieu source et symbole de l’union fondamentale du Christ et de l’Église, von Balthasar présente la "fidélité" des époux et des épouses comme ouverture à la compréhension de la "fidélité" du Seigneur envers son Église.  Toutefois, il introduit une nouveauté, car il ne s’agit plus uniquement de la théologie sponsale : Christ-Marie; Christ-Église (ler volume de la Gloire et la Croix) mais de l’unité du Christ–Esprit (Irénée).  Il fait alors appel à l’épiclèse iturgique.  En ce lieu, l’offrande propre de l’Église sous le symbole du  "pain" et du "vin" se voit transformée dans le Christ Jésus. Ceci permet d’établir le lien indissociable entre la Théologique et les aspects esthétiques de la Nouvelle Alliance, lieu où le Christ en son Humanité se fait "épouse" dans son offrande au Père.  En face du Christ, l’Église possède aussi une sorte de personnalité propre, qui se distingue de la relation interhumaine en ce que le Christ engendre l’Église, en vertu de son propre sacrifice, à partir de lui et pour lui. L’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église.  Comme l’« épouse », le Christ se soumet au Père, afin que Dieu soit tout en tous ». (GC-ESTH-NA 420)  C’est ainsi que von Balthasar établit l’analogie entre l’incarnation du Logos en Marie et l’épiclèse liturgique qui s’adressant au Logos lui demande de s’eucharistier “en nous” et “pour nous” sous les espèces du pain et  du vin. 

6.5 : La dimension trinitaire selon la patristique, une problématique? Il se peut parfois que la dimension trinitaire semble et devienne problématique lorsque nous nous référons à la patristique.  C’est pourquoi, qu’Hans Urs von Balthasar tente d’éclairer notre perception.  Selon sa perception, il s’agirait davantage d’une incompréhension du Logos et du Pneuma, lieu où la divinité du Logos aurait été désignée comme Pneuma par opposition à la sarx.   Dans la patristique, l’épiclèse du Logos était en réalité l’épiclèse du Pneuma (Ignace, Justin, Irenée, Clément, Origène, Méthode, Eusèbe, Athanase, Cyrille d’Alexandrie, les Antiochiens et autres).  Von Balthasar attribue à saint Athanase la  redécouverte de la dimension trinitaire: l’Esprit-Saint comme personne devient alors inséparable du Logos; par conséquent, inséparable de l’incarnation du Fils du Père.  En s’abandonnant librement à son Père, le Christ Jésus offre dans la puissance de l’Esprit-Saint ses dons en vue de l’édification du Corps ecclésial du Christ. 

6.6 : Le consentement marial à la Croix du Christ (passion et mission). Un autre aspect est porté à notre attention dans le développement de la pensée balthasarienne, il s’agirait de l’attitude mariale fondamentale ignatienne.  Dans l’obéissance au   "Faites ceci"  du Christ, l’Église, dit-il, offre le sacrifice en se laissant impliquer dans sa propre offrande et y consent marialement. Cela implique alors de la part de la communauté, une participation entière; les deux faces de l’Alliance trouvent dans l’eucharistie leur propre accomplissement (Ps 22 et Mc, Mt, Jn). Tel qu’exprimé dans la Dramatique divine, l’eucharistie devient lieu où les acteurs et les actrices, participants et participantes, découvrent non seulement la révélation du Dieu, un et trine, mais découvrent à l’intérieur même de l’action liturgique, l’attestation de leur personnalité propre comme "fils et filles" de Dieu dans le Verbe de Dieu, Verbe fait chair, Logos divin (Chalcédoine).

6.7 : La dimension trinitaire du nouveau rituel d’ordination sacerdotale comme nouveauté et continuité.  Après avoir établi ses fondements, il devient possible de percevoir la nouveauté et la continuité que représente la dimension trinitaire du nouveau rituel d’ordination sacerdotale (S.S.Paul VI);  dans la Préface, la dimension trinitaire inscrit la présence du Ressuscité. Dès lors, il existe une tension au plan ecclésiologique, lieu où la personne ordonnée est conformée au Christ tout en étant chef et membre de l’assemblée. Cela a pour résultat une double et pourtant inséparable compréhension du ministère comme représentation du Christ et représentation de l’Église dans l’acte même de la consécration eucharistique (Inter Insigniores, par.5). En regard des deux aspects christologiques, le concept unificateur devient celui du service ou de la mission.  On ne peut manquer alors de voir que l’ordination en vue de cette mission, qui a deux faces christologiques, se produit sous la forme d’un don de l’Esprit-Saint, qu’elle est un charisme. Ce charisme particulier habilite la personne ordonnée à l’exercice du ministère comme instrument du Kyrios.  Dans sa Théologique, Hans Urs von Balthasar accueille l’articulation de la pensée de G. Greshake qui, dans Priestersein (1982), reconnaît l’implication trinitaire du service sacerdotal (cf. partie I, 2e chap.).  Le ministère se tient alors entre auctoritas (du Christ) et communio (de l’Esprit).  Selon von Balthasar, Greshake voit très justement que les deux s’appellent mutuellement : la figure christologique objective extérieure communique et véhicule la présence de l’Esprit, et l’Esprit pousse à imprimer à tout ce qui est vivant la figure du Christ. D’où que l’on parte, c’est une "médiation réciproque".  La personne consacrée pour l’Église dans les ministères : épiscopal, presbytéral ou diaconal, est renvoyée par la christologie à la pneumatologie. Cette pensée revient en troisième partie de ma thèse dans l’analyse critique balthasarienne d’Inter Insigniores sous la dimension trinitaire du fiat de l’”être femme”,  Marie.

6.8 : L’épilogue et sa valeur d’intégration.  Dès lors peuvent apparaître son Épilogue et sa valeur d’intégration : la mission de Marie, des Apôtres, une mission ecclésiale christologique.  En ce lieu, Hans Urs von Balthasar atteste sa confession de foi. L’Église n’est pas à concevoir comme une pure institution qui, ultérieurement (par exemple à la Croix) recevrait, dans le sang, l’eau et l’Esprit, un principe de vie. Contre cette dichotomie plaide, en premier lieu, le fait que les Douze sont déjà intégrés sacramentellement par la Cène célébrée avant la Passion dans la fécondité de la croix; et, en second lieu, la fondation, en conclusion du don sur la croix, de la cellule ecclésiale de base qui comprend "Marie et Jean" : c’est la parole ultime, l’accomplissement total des Écritures (Jn 19, 26-29; Jn 21, 15-16). L’Église, selon tous ses aspects est un sacrement fondamental qui provient de la corporéité du Christ, et qui participe à sa mission et à sa puissance universelle de salut. L’interrelation entre Jean, Marie et Pierre n’est pas occultée chez Hans Urs von Balthasar : "Simon, fils de Jean, m’aimes-tu?  Plus que ceux-ci? (cf. EP 83)  Tels sont dans cette recherche, les principaux éléments permettant le titre donné à cette deuxième partie : Mission ecclésiale et christologique de la Femme selon la trilogie balthasarienne

	Ayant établi la dimension trinitaire du ministère ecclésial christologique, il devient possible de saisir ce qui n’était qu’un "premier balbutiement" lors de l’analyse critique balthasarienne d’Inter Insigniores.  Les éléments-clés posés dans son analyse d’Inter Insigniores : féminité de l’Église; tradition créatrice, interrogation sur la masculinité du Christ; reconnaissance du mariage de Pierre; fondement apostolique et attitude subjective-objective du fiat de Marie, au Dieu un et trine, font apparaître la nécessité de reconnaître la mission "personnelle" de Marie et les missions féminines (Marie de Magdala et Marie de Béthanie) sous la "constellation christologique" primitive, en Jésus, dans l’indissociabilité  à la "constellation christologique" de Jean, Pierre, Paul et Jacques.  La troisième partie de ma thèse poursuit cette réflexion par la présentation de quatre articles balthasariens qui tiennent compte spécifiquement de la question posée par Inter Insigniores, soit la question de la femme-prêtre. et dont le développement de la trilogie selon l’oeuvre commune (Dénouement de la Dramatique divine) permet la saisie.  En ce lieu, il devient possible de comprendre cette quête des  "éléments essentiels" demandée par Inter Insigniores (I.I. par. 4-5).  Cette quête des éléments essentiels accueille le renouveau doctrinal du pape Paul VI et porte  la dimension trinitaire du  renouveau ministériel (Liber de Ordinatione/SS. Paul VI/TH-EV 338). Tel est le lieu où la méthodologie de l’esthétique théologique de Hans Urs von Balthasar m’a conduite pour une compréhension de mon expérience spirituelle vécue au temps d’Inter Insignores (1er novembre 1977/29 mars 1978/Annexes I et II).
 
PARTIE III


En terminant le septième chapitre intitulée : De la haute dignité de la femme à la femme prêtre, Myriam-Marie, symbole réel du peuple Israël, il est possible de constater que la mission fondamentale de Marie est inscrite au cœur même de l’événement Jésus-Christ. Dans ce chapitre, Hans Urs von Balthasar pose les jalons qui peuvent faire advenir  l’entrée de la femme dans le ministère sacerdotal. À la lumière de la foi, apparaissent, peu à peu, les raisons fondamentales qui ont soutenu mes efforts personnels dans l’entièreté de cette recherche.  Fondamentalement, la trilogie balthasarienne provient d’un lieu théologique ouvert au questionnement contemporain et plus spécifiquement à la question posée par Inter Insigniores : l’accession des femmes au sacerdoce ministériel. Par l’expérience vécue par Madame Adrienne von Speyr (1902-1967) et qui concerne "la Mère et l’Enfant", lieu de métanoia personnelle, Hans Urs von Balthasar ouvre de nouveaux horizons lorsqu’il fonde cette théologie en acte (Origène) en regard de la "question actuelle".

En chaque temps particulier de l’histoire, Dieu se révèle au cœur de l’être.  À cet égard, le titre de ma thèse permet d’ouvrir la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel: La Déclaration Inter Insigniores. Analyse et prospectives à partir de la pensée de Hans Urs von Balthasar.  Dans ce dernier chapitre, les articles cités permettent de situer  théologiquement l’attitude mariale ignatienne.   Cette perception  renouvelée de la mission fondamentale de la Femme inscrit l’être femme au sein de l’histoire véritable de l’Église.  Par un effort soutenu envers la mission "personnelle" de Marie et les missions féminines de Marie de Magdala  ("document de travail") et de Marie de Béthanie (modèle de la théologie) présentées sous la "constellation christologique" primitive, il fonde bibliquement son premier lieu d’interpellation : l’intégration de Marie au ministère johannique de Pierre  ( Jn 16, 21 ; Jn 19, 26-27. 30 ; Jn 21, 15-16).

Mes conclusions sont présentées selon l’argumentaire du chapitre. En ce lieu, nous parvenons à l’attestation des rôles de Marie et des femmes qui permettent de répondre au vide théologique énoncé en introduction d’Inter Insigniores, le vide de la théologie classique.  Peu à peu, Hans Urs von Balthasar façonne la réarticulation des fondements de la théologie classique :  Écriture – Sciences humaines (philosophie-psycho-sociologie) – tradition – spiritualité. Par un regard de foi tourné vers "Marie", l’acception de la "femme prêtre" chez von Balthasar apparaît dans toute sa splendeur:   (1) de la haute dignité de la femme par son intégration "vétérotestamentaire", (2) la femme-prêtre par l’unification de la philosophie et de la théologie, (3) la femme prêtre et ses aspects socio-psychologiques, (4) la tradition ininterrompue et la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel, (5)  le ressourcement spirituel selon Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar (spiritualité et théologie). 

7.1 : De la haute dignité de la femme. L’étude balthasarienne permet à  Hans Urs von Balthasar de présenter le couple homme-femme comme manifestation de la révélation de Dieu à l’Humanité.  Théologiquement la dignité et la réciprocité de l’homme et de la femme concernent leur  filiation propre dans le Christ Jésus: Verbe fait chair, Logos divin et  archétype des deux sexes.  Von Balthasar ouvre de nouveaux horizons par une compréhension plus profonde de la  féminité. L’herméneutique théologique balthasarienne présente la féminité comme symbole de la communauté croyante Israël (A.T.-N.T.) En cela, il rejoint la pensée du théologien contemporain  Francesco Rossi de Gasperis, qui s’intéresse à la communauté hébraïque qu’il décrit dans son volume,  sous la thématique suivante: Marie de Nazareth, icône d’Israël et de l’Église. Il énonce que le rehaussement de la dignité de la femme procède du domaine religieux.  Cependant von Balthasar souligne que  la conscience populaire aurait perçu le symbolisme religieux comme une expression purement poétique, sans référence éthique (voir à ce sujet 4.3.1.1) .  Sans référence à la mission du poète de l’Antiquité, on en aurait tiré des conséquences insuffisantes quant à la relation entre les deux sexes. (hdf 25; cf. 4e chap.)  Il en fut ainsi tout au cours de l’histoire de l’Église, lieu où  la relation entre le peuple de l’Église s’est perdue peu à peu ; la fonction apostolique fut ultérieurement détachée de la succession concrète des apôtres. (tr-in 2) La problématique proviendrait d’une conception différente du sacerdoce ministériel. Identifiée à l’Époux-Dieu de la première alliance, la symbolique du Christ-Époux n’est discernée qu’à partir de cette perception unique; elle ne présente plus la dimension trinitaire du  Logos,  Verbe fait chair, objet central de la théologie balthasarienne.  En Lui et par Lui, l’homme et la femme redécouvrent leur dignité et leur unicité premières, tel qu’elle leur avait été donnée d’auprès du Père (cf. Ps 22, 10-11 et la dernière prière de Jésus en Marc et Mathieu). 

7.2 :  La femme prêtre par l’unification de la philosophie et de la théologie. Le deuxième article balthasarien est consacré à la question de la femme prêtre. Tel que nous avons pu le découvrir à travers son œuvre, la question de la femme et de la féminité est englobante puisqu’elle concerne la philosophie, la métaphysique (mythe, poème, religion) et l’ecclésiologie.  Cependant, celui-ci va beaucoup plus loin dans cette analyse des fondements lorsque la "féminité" révèle l’acte contemplatif,  le réceptif-contemplatif ou l’acte d’abandon  perçu comme "attitude féminine" et ce, au cœur de tout être humain (philosophie et commentaire ratzingérien d’Inter Insigniores). À cet égard, l’analyse balthasarienne de la femme-prêtre réaffirme l’indissociabilité entre la philosophie et la théologie. À cet effet, l’absence du féminin en philosophie aurait conduit vers l’oubli de la féminité-peuple de Dieu (ecclésiologie)  Dans ce contexte, il ne s’agit pas uniquement du rôle de la femme mais de l’intégration du peuple au sein de la Nouvelle Alliance.  Fondamentalement, von Balthasar justifie le rôle de Marie, tel que nous le percevons dans le commentaire du père Tillard, selon la constitution de l’Église. Marie sera lors présentée en qualité de  Mère de l’Église visible.   Justifié par les récits johanniques, le fiat de l’Annonciation reçoit l’authentification de sa mission, à la croix johannique (Jn 19, 26-27; cf. Ps 22, 10-11).  Ce sera donc en regard de son don personnel (et non du don de Pierre), que la Mère du Christ reçoit la grâce de dire son impeccable, son infaillible «oui ».  Selon von Balthasar, ce que Pierre reçoit comme « infaillible » ne peut être dissocié du rôle fondamental de Marie dans l’histoire du salut dans le Christ Jésus. « Ce que Pierre reçoit comme pouvoir de consacrer et d’absoudre ne provient pas de lui-même : avant l’eucharistie, Marie enfante le Christ et sa pureté (intrinsèque) lui permet de représenter l’Église féminine parfaite, l’Immaculata, la parfaite Épouse ». (NE-WP? 193)  Pré-racheté le ministère de Marie précède celui de Pierre et des Apôtres qui, eux sont installés dans ce ministère (6e chapitre). Il est intéressant de saisir cette profondeur chez le pape Jean-Paul II (Lettres aux prêtres,1987. a. 13)

7.3 : La femme prêtre et son aspect psycho-sociologique. Le troisième article reprend cette question théologique sous son aspect psycho-sociologique.  L’article Thoughts on the priesthood of women provient de la traduction anglaise de M. Adrian Walker, officier principal de la Communauté St-Jean. Hans Urs von Balthasar partage son article en trois aspects. Dans ses considérations préliminaires, l’article balthasarien situe sa réflexion théologique comme suit : analyses sociologiques de la théologie féministe; aspects non nuancés des divergences sur la question entre les Églises chrétiennes et oubli de sa sacramentalité;  libération de la femme par le Christ; le sacerdoce baptismal; l’intériorité (inward) du sacrifice du Christ. Après avoir énoncé ces considérations préliminaires, il présente ses considérations théologiques sous deux thématiques : les fondements du sacerdoce du Christ et de la prêtrise dans l’Église. En première instance, cela lui permet de situer "la masculinité" selon la perception du Dieu de la première alliance (Dieu-Père-Époux), tel que défini dans son article De la haute dignité de la femme, lieu où la "féminité" représente le peuple-Israël-épouse (6.1). Toutefois, ceci ne constitue pas les fondements du Nouveau ministère sacerdotal selon la Nouvelle Alliance, car ce ne sera que sous sa dimension eschatologique trinitaire qu’il devient possible de saisir les fondements de la prêtrise dans l’Église (Mt 5, 17; Jn 19, 30).  La dimension trinitaire du Nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance ne concerne pas spécifiquement et uniquement la masculinité du Fils du Père; comme tel, le Fils n’a besoin d’aucun complément: « en autant que le Dieu-homme agit et souffre, au nom du Dieu trinitaire, son sacrifice (absolu, incomparable) ne demande aucun complément [Ergänzung]. » (pw 704)  Toutefois, von Balthasar ne délaisse pas pour autant la perception paulinienne de l’Église-épouse, lieu où selon la nature humaine, la masculinité pour se dire a besoin de la féminité (l Co 1,24). C’est alors qu’apparaît la nécessité d’ouvrir la question de la théologie mariale. Afin d’atteindre sa plénitude, la théologie doit en ce lieu, dit-il, tenir compte de la mariologie.  Par son rapport à la première alliance, il rappelle la perception "quasi-féminine" du Dieu-Sagesse et dont le Christ Jésus en révèle la proximité.  Pour von Balthasar, l’essence de la femme en tant que créature, mariologie, ecclésiologie, doit toujours, si la question est théologique, se tenir dans une vision d’ensemble (Gestalt) : la foi "personnelle et "féminine" de l’Église ne peut atteindre sa plénitude (socio-psychologique) dans l’Église, en elle-même,  mais uniquement qu’en étant intégrée dans  l’unicité du sacrifice du Christ (inward-outward). (pw 701-709)   

7.4 : la tradition ininterrompue et la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel.  Le quatrième article concerne spécifiquement l’analyse balthasarienne d’Inter Insigniores.  À cet égard, il est déplorable que son œuvre ne soit pas encore publiée dans son ensemble (1961-1987, all. ;  1965-1997, fr.). De là découlent les divergences sur la position établie par Hans Urs von Balthasar par certains analystes. Toutefois, l’analyse d’Inter Insigniores, permet de percevoir une fois de plus l’élément-clé de l’esthétique théologique balthasarienne. Celui-ci ne saurait dissocier la dogmatique de la théologie fondamentale, ni la spiritualité de la théologie.  Dans ses prémisses, il situe la question de la convenance théologique comme théologie inductive (Newman) : les véritables fondements de l’accession au ministère ordonné proviennent du cœur de l’être (inward).  Il cite la tradition "créatrice" comme facteur de renouveau. Pour ce dernier,  le simple fait d’un usage ininterrompu de l’Église ne peut constituer un argument suffisant pour que cet usage ne puisse être changé sur la base de nouvelles conceptions ou d’un changement de circonstances culturelles.  Selon von Balthasar,  l’argumentation sur la base de la tradition doit nécessairement s’appuyer sur des éléments qui fassent partie de la structure de l’Église et de sa sacramentalité. Dès lors, celui-ci questionne la discipline du célibat ministériel (Pierre étant marié) et la représentation ministérielle. À cet égard, le ministère ordonné (prêtrise) n’est pas centré uniquement sur la question de la représentation, mais sur les aspects fondamentaux de l’Église ou essence de l’Église (telle qu’elle est née). La Croix johannique devient centrale car elle intègre la fécondité de l’Action du Christ en personnalisant en Marie le "oui" de la Femme, le "oui" d’Israël (cf. Mc 15, 34, Mt 27,46/ cf Ps 2. 10-11; Jn 19, 29 cf. Ps 2, 16). Nous retrouvons alors quelques éléments du volume, Qui est l’Église, qui attribue à Marie, un véritable "partenariat féminin"  (foi inchoactive de Sion et de Pierre). (t-in 2).  Il  ne définit pas son analyse sous la perception unique du matriarcat ou du patriarcat (7.3) mais dans son rapport ecclésiologique.  Dans cette analyse, il s’agit d’établir le lien entre la  tradition et le ministère sacerdotal (7.1).  La féminité vétérotestamentaire du ministère présentée de la patristique à la Renaissance se fait contemplative (7.2).  Toutefois, une analyse plus poussée permet de découvrir dans la miniature présentée, les sources de la spiritualité ignatienne : la Dévotion à la Mort heureuse.  En analysant davantage, il devient aussi possible de percevoir les fondements ministériels, tels que présentés dans la Bulle Exsultate Deo du Concile de Florence. En ce lieu, celui-ci fait référence à l’acte de tendre le calice avec le vin. (Dz. 1326)  À cet effet, nous ne devons pas nous étonner si l’auteur questionne la masculinité de la représentation : « il y aurait à discuter, dit-il, d’une part, la question de "la masculinité" du Christ, particulièrement dans son Eucharistie, dans laquelle, en dehors de toute raison sexuelle, il se fait tout entier semence de Dieu et se donne à l’Église ; de l’autre, la participation, difficile à formuler, de la fonction apostolique à cette fécondité masculine, qui est au delà du sexe ». (tr-in 1) Se référant à la Métaphysique des saints et des saintes, il rappelle que tous et toutes, ont considéré le ministère comme un service rendu à l’Église. Toutefois, il s’agit d’un “service qualifié” car provenant de l’Appel de Dieu. Nous retrouvons une similitude de pensée dans son volume de la Nouvelle Alliance.  La Nouvelle Alliance présente le Christ lui-même comme Serviteur de Dieu.  Von Balthasar décrit alors cette obéissance du Christ comme offrande en l’épouse (cf. Ps 22, 10-11). Aussi, invite-t-il les personnes qui ont une fonction dans l’Église à méditer et à mieux vivre le fiat que Marie a adressé au Dieu, un et trine. Cependant, il est regrettable qu’Hans Urs von Balthasar ne se soit référé dans son analyse d’Inter Insigniores au nouveau rituel liturgique du pape Paul VI, écrit et promulgué en 1971, l’année du Synode sur le sacerdoce ministériel dans son rapport à la justice dans le monde. Toutefois, il l’inscrira dans sa Théologique (all. 1986 ; 1996, fr.).  Possiblement, désirait-il que l’argumentaire trinitaire soit développée avant d’intégrer cet aspect dans sa Théologique. (tr-in 2; GC-NA 420)

7.5 :  le ressourcement spirituel selon Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar (spiritualité et théologie). Le dernier article qui n’est pas le plus facile à étudier concerne la médiation de compassion de Marie (Vermittlung), sens véritable du détachement ignatien selon le père Jacques Servais, s.j.  A l’exemple de Marie, l’être appelé se fait attentif (obéissance) à la volonté du Père exprimée en son Fils.  Il s’agit ici d’une étude effectuée par le traducteur des Prolégomènes de la Dramatique divine.  La conversion (métanoia) balthasarienne provient de l’expérience vécue  et des récits scripturaires publiés par Madame Adrienne von Speyr, co-auteure de la trilogie ( méthodologie).  Tel qu’énoncé, von Balthasar désire fonder théologiquement les Exercices spirituels de saint Ignace afin de redonner à l’Église, des apôtres, hommes ou femmes, prêts à réaliser en eux-mêmes le renversement d’attitude, à vivre la réceptivité spirituelle qui est comme la clé herméneutique de leur œuvre. La tâche de « Vermittlung » serait alors bien plus qu’une communication extérieure, mais un travail de médiation, exercé dans l’obéissance intérieure à la mission qu’ils ont eux-mêmes exercée. Chez Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar, la com-passion de Marie ne prend pas forme uniquement à la Croix.  Les maîtres spirituels voient en elle, le service véritable qu’elle rend à l’humanité et cela bien avant que les apôtres ne soient envoyés en mission.  Par le détachement de Marie à Cana en Galilée et dans cette demande de distribuer le bon vin jusqu’à la fin, l’attitude mariale, cette attitude d’obéissance et de détachement envers le Fils du Père, tend vers les prémisses de sa mission, qui sera authentifiée l’Heure venue à la Croix du Christ (Vermittlung). (COLL 2 92)    En ce lieu, le fiat de Cana est dévoilé et s’inscrit aux fondements du Nouveau ministère selon la Nouvelle Alliance (2e chapitre). À cet égard, si pour Hans Urs von Balthasar (Épilogue), le don du disciple à la Mère la rend participante de l’Église apostolique, je crois que nous pouvons affirmer que le don de la Femme au disciple Jean permet de discerner les premiers lieux de son apostolat à Cana de Galilée. Les paroles de l’ange à Marie-Madeleine et aux femmes semblent faire "écho" au Fiat de Cana : « Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit ». (Mc 16, 7; cf. Jn 2, 1-6)  Tel est aussi le lieu fondamental de l’appel de Pierre.  Par trois fois, le Christ ressuscité lui demande : "Simon, fils de Jean, m’aimes-tu, plus que ceux-ci ?" (Jn 21, 15-16).  L’ouverture envers la “femme prêtre” proviendrait de ce lieu-source: « Les Douze reçurent leur mission 30 ans plus tard. Ils ont reçu leur pouvoir de “leardership” et de “représentation” avec la perception  de l’Église mariale et  féminine.  .... Ce que Pierre reçoit comme office de “gouvernance” ne constitue qu’une partie de cette perception mariale de l’Église » . (cf. NE-WP? 193)

PARTIE IV 

ÉPILOGUE et PROSPECTIVES D’AVENIR

La dernière prière de Jésus et la matrilinéarité juive selon l’entièreté du Psaume 22

En terminant cette thèse, je tiens à réaffirmer que cette recherche devînt au fil du temps non plus uniquement quête des "éléments essentiels" du sacerdoce ministériel selon l’analyse effectuée lors de la publication d’Inter Insigniores par Hans Urs von Balthasar, mais lieu d’unification entre deux parties en présence scellant ainsi l’alliance croyante.  Tout au cours de l’analyse fut confirmée l’expérience personnelle de foi que je vivais dans la prière,  six ans après le Synode des évêques sur le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde (1971/1977-1978/accueil, annexes 1 et 11). Personnellement et ecclésialement, je serai appelée à percevoir l’importance de la doctrine ministérielle du pape Paul VI proposée au dernier volume de la Théologique balthasarienne.  À la suite des pères grecs et plus spécialement d’Origène, je présente donc mes travaux de recherche comme une "théologie en acte”  autant du point de vue personnel que comme justification des éléments essentiels du Nouveau Ministère selon la Nouvelle Alliance, sous les grandes axes de la théologie classique balthasarienne. Dès lors une symphonie biblique ouvre ces nouveaux horizons.   La dernière prière de Jésus et la matrilinéarité juive comme soutien à la ‘possible’ admission des femmes au sacerdoce ministériel!

Dès le point de départ, mon travail de recherche considère la Déclaration Inter Insigniores  comme un “état de la question“ posée,  et cela au moment où celle-ci fut publiée. Dans ce temps spécifique de la vie de l’Église, il est possible de remarquer que la question posée n’est pas close mais ouverte à la recherche théologique, tout en offrant aux membres de l’Église  la possibilité de s’interroger face à une ‘possible‘ réforme du sacerdoce ministériel.  Toutefois, dès l’introduction il est possible de distinguer certaines “absences” dans l’argumentaire de la Déclaration.  Trois points majeurs manquent à son évolution.  Le  premier concerne le manque de recherche en théologie classique suite au renouveau doctrinal du pape Paul VI (Liber de Ordinatione). Le second insère la recherche déjà effectuée par le père Haye von Der Meer, s.j.  au temps du concile Vatican II.  Celui-ci soutient qu’il n’y a aucune raison théologique pour refuser le ministère sacerdotal à la femme (1962).   Telle fut aussi la perception de son directeur de recherche, le théologien Karl Rahner (voir les travaux de la Commission pontificale sur la Femme dans l’Église et la société, 2e chap.).  Toutefois, il faut remarquer que le renouveau doctrinal n’advint qu’en 1971 (TH-EV 338, n. 65). Ce renouveau post-conciliaire précède Inter Insigniores. Un autre point important est ignoré par Inter Insigniores soit le célèbre chapitre 8 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium, lieu où la médiation d’intercession de Marie ne constitue aucun obstacle à l’Unique Médiation du Christ (cf. A. Vanhoye/Prêtres anciens et Prêtre Nouveau selon le Nouveau Testament).   Cependant, l’importance accordée à  la méthodologie de l’esthétique théologique balthasarienne provient de son attention envers le  sujet récepteur. En ce lieu expérience et théologie sont indissociables. À cet effet, il  s’agit d’intégrer en même temps l’expérience spirituelle vécue par Madame Adrienne von Speyr (1940-1967) et les récits scripturaires vonsepyriens dictés dans la prière à son rédacteur Hans Urs von Balthasar (1905-1988). En « grande théologie classique », dit celui-ci, on ne saurait occulter la dimension personnelle et ecclésiale du sujet récepteur (GC-ESTH 509).   Il s’agit de la crédibilité même de la nouveauté qui advient en Dieu. De là l’importance du sujet récepteur pour une herméneutique biblique  renouvelée. Il s’agit alors de l’indissociabilité entre la « culture de la foi » et la « théologie contemporaine ».  Sans possibilité de comprendre dans sa quintessence ce que vit la personne (appel et  mission), la foi ne serait pas visible et par le fait même, elle demeurerait vaine. Ce pôle est déterminant en théologie balthasarienne.  En ce lieu, l’évidence subjective et l’évidence objective de l’expérience de foi sont indissociables de la mission personnelle du sujet récepteur.


Cependant, il y a un long cheminement à parcourir entre l’expérience spirituelle vécue par Madame von Speyr  et la rédaction de son herméneutique biblique (1944-1967).  Sa visée théologique sera développée plus spécifiquement 20 ans après sa mort.  À la demande du pape Jean-Paul II., un symposium romain sera tenu sous la thématique suivante:  la mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr (1985). De l’expérience première, spirituelle et scripturaire, découle la rédaction d’une trilogie de plus de 17 volumes permettant de rendre compte de ces aspects aux 13e  et 14e volumes de la Dramatique divine. Le Dénouement de la Dramatique imbrique dans son argumentaire plus de 40 volumes de Madame Adrienne von Speyr.  Plus des 2/3 de l’argumentaire sont des citations explicites des volumes vonspeyriens.  La Théologique justifie le rôle qu’Adrienne tenait auprès des théologiens contemporains, Louis Bouyer, F.X. Durwell et Walter Kasper, aujourd’hui président de la Commission pontificale pour la promotion de l’Unité des chrétiens: « Avec l’intuition introduite par Bouyer, conduite à son terme par Durrwell et clarifiée par Adrienne von Speyr, on peut estimer qu’est mise en lumière une préoccupation de la théologie trinitaire » (TH-EV 51).

Dès lors, il devient possible de saisir pourquoi von Balthasar  déclarait dans son analyse d’Inter Insigniores, que l’Église n’en était qu’à « ses premiers balbutiements » (O.R. 29-03-1977).  Pour ma part, ce n’est que par le développement de sa trilogie que j’ai pu saisir, en même temps,  la profondeur de la doctrine ministérielle du pape Pie XII (sacramentum ordinis) et de la réforme doctrinale trinitaire ministérielle du pape Paul VI (liber de ordinatione).  Conséquemment, il devenait possible de saisir les divergences énoncées par Inter Insigniores suite à l’admission des femmes au sacerdoce ministériel au sein de l’anglicanisme: « quand ils concernent le sacerdoce, les problèmes d’ecclésiologie et de théologie sacramentaire ne peuvent trouver leur solution qu’à la lumière de la Révélation. » (I.I. par. 35). À cet égard, la mission “personnelle” de Marie et les missions féminines telles que déployées dans l’oeuvre fondamentalement biblique  de Madame Adrienne von Speyr ouvrent ces nouveaux horizons. C’est pourquoi, il est essentiel de bien situer le "point de départ" d’une analyse,  plus spécifiquement lorsqu’elle provient d’un “donné révélé”,  car celui-ci contient en soi sa propre valeur interprétative  (cf. annexe 1). Encore, faut-il en connaître les tenants et les aboutissants. De là, l’importance de la formation théologique!

Dans un tenir compte de l’expérience personnelle de foi vécue se profile à l’horizon balthasarien l’expérience fondamentale d’une femme mariée, deux fois : Madame Adrienne von Speyr, médecin, pédiatre et mystique (objective). (ISJ 5.43)  Redevable à celle-ci de sa conversion (métanoia) envers la mission "personnelle" de Marie et des missions féminines (Domaine de la Métaphysique),  von Balthasar cite la dimension trinitaire eschatologique du ministère sacerdotal en tenant compte en même temps du regard marial et du renouveau de la doctrine ministérielle, éléments essentiels de la théologie classique (cf. Inter Insigniores a. 5).  Sous la dimension trinitaire du Dieu de la Nouvelle Alliance, révélée en Jésus le Christ, il devient possible de saisir pourquoi von Balthasar réfutait l’unicité "masculine" du ministère sacerdotal (Tradition ininterrompue; Haute Dignité de la femme; Women Priests ?; Thoughts on the priesthood of women). Peu à peu, à travers les dix-sept volumes de sa trilogie (la Gloire et la Croix; la Dramatique divine; la Théologique) et la quête "théologique" des articles présentés sur la question de la femme-prêtre en dernière partie de ma thèse, diverses facettes révèlent les aspects esthétiques de la Gloire et la Croix :   l’intégration du "oui de la femme" en l’homme Jésus (vir) (N.A.); les charismes fondateurs féminins (Métaphysique); l’intégration de Marie et de la femme à la constellation christologique des personnes théologiques (Dramatique Divine); l’insertion de la phénoménologie de la vérité et de la dimension trinitaire de l’ordination sacerdotale (S.S.Paul VI et Théologique); l’unification entre la philosophie et le féminin (Women Priests?) ; l’aspect "psycho-social" de l’homme et de la femme dans le Christ Jésus (Thoughts on the priesthood of women); la féminité-peuple Israël (De la haute Dignité de la femme).  Sous la "constellation christologique" primitive, la mission personnelle de Marie, la mère de Jésus, et les missions féminines permettent une nouvelle perception des fondements du ministère sacerdotal (première partie et "document de travail" de la Commission Internationale de Théologie; Dramatique divine). À cet égard, Hans Urs von Balthasar unifie christologiquement la foi de "Marie” et d’”Israël" et la  foi "du" Christ envers cette représentante réelle du peuple Israël en son Humanité (Women’s Priests?; Foi du Christ). 


Toutefois, la perception transcendantale du Beau (Gloire et la Croix), du Bon (Dramatique divine), du Vrai (Théologique)  ne restreint pas le développement de la pensée aux limites imposées par la spécificité de ma recherche, i.e. à l’unique question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel. Pour celui-ci,  si le Dieu, un et trine, révélé en Jésus le Christ confirme l’espérance juive en terme d’accomplissement (Jn 19, 30) il atteste aussi l’espérance athénienne. De l’Antiquité à la modernité, la foi inscrite dans l’histoire de l’humanité est présentée sous la thématique du “féminin” et de la “féminité” (Ac. 17, 23; cf. Ga 3, 27-29).  Toute question théologique, dit celui-ci, doit se tenir dans une vision d’ensemble (Die Gestalt).  Toutefois,  il advenait à l’apôtre Jean d’intégrer la mission "personnelle" de Marie et les missions féminines (la tradition des trois femmes) à la "constellation christologique" de Jean, et de Simon, fils de Jean, l’apôtre marié (Jn 21, 15-16).  

Dès lors,  une autre question peut être posée et je la poserai. Ma question concerne désormais le lien  à établir entre la tradition johannique et les traditions matthéenne et marcienne.  En Mt 27, 46 et Mc 15, 34,  ne devient-il pas possible de justifier la théologie mariale johannique par une relecture du Psaume 22 dans son entièreté (cf. Guillaume de Menthière, l’Eucharistie, à l’école de Marie 126) .  À la croix glorieuse, Jésus accomplit sa mission dans une « dernière prière ».  (cf. F.-X. Durrwell, La résurrection de Jésus mystère de salut 15)  En elle, il comm - unie et comm - unique aux origines prophétiques de la foi juive:  « Toi, tu m’as fait surgir du ventre de ma mère et tu m’as mis en sécurité sur sa poitrine.  Dès la sortie du sein, je fus remis à toi; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c’est toi! » (Ps 22, 2. 10-11 cf. Ga. 4, 4-5; cf. Jn 16, 21 et 19, 26-29; cf. l’Eucharistie... 126). « Ce cri est prière et non désespoir - qui désespère détourne avec violence sa face de Dieu. Au fond des ténèbres, un point de lumière: le Dieu apparemment si lointain est son Dieu, son Dieu à lui, dans les bras de qui il avait été jeté au sortir du sein de sa mère ».  (La résurrection, 15) En un autre lieu, la théologie johannique corrobore cette perception par une concordance entre le Psaume 22, 16 et Jn 19,29: « J’ai soif », dit Jésus (cf. Raymond D. Brown, La mort de Jésus: Ps 22, 16b., 1609). En ce lieu, il devient possible de saisir la mission christologique véritablement accomplie en  Jésus-de-Nazareth:  « Je ne suis pas venu abolir la Loi et les Prophètes [Prophétesses] mais accomplir » (cf. Mt 22, 39-40; cf. Lc 24, 24-27. 44). 

En dernière instance, l’unification entre l’expérience vécue et les fondements du sacerdoce ministériel permettent d’intégrer la mission "personnelle" de l’individu à la mission ecclésiale qu’elle appelle. Par l’énonciation de la question posée par le Magistère de l’Église (Inter Insigniores), première étape du discernement ministériel envers la vocation de la femme au sein de l’Église visible, l’oeuvre commune de ces géants de la modernité corrobore l’ouverture souhaitée.  Telle est selon ma perception, le sens profond du “pro nobis”, du ”pour  nous”  balthasarien (émission Rencontres de Radio-Canada; cf. annexe 1 et 11).  Par cette dernière prière du Jésus en croix (Mc 15,34, Mt 27, 46), se révèlent les “éléments essentiels” du Nouveau Ministère sacerdotal. En ce lieu, un possible renouveau jaillit pour le dialogue entre chrétiens et juifs. (La mort de Jésus: Ps 22, 1603-1613). À cet effet, n’y aurait-il pas lieu de questionner la liturgie des Psaumes célébrée lors des funérailles juives.  Toutefois, pour ce qui concerne la question posée dans ma thèse, il nous faut aller plus loin et questionner aussi le sens de la “matrilinéarité” qui se dit en ces derniers instants (cf. Eliazer Ben Raphaël). Ces « prospectives d’avenir  » n’engageraient-elles pas le rôle fondamentalement christologique de la  femme  par une  attention au Dieu qui se dit en elle, et cela au sein même de la liturgie ministérielle en l’événement Jésus-de-Nazareth (GC-NA 420; GC-AA 216-218; cf. Ps 22, 10-11).  Dès lors, comment dissocier la vie de Marie du Christ Jésus?  Comment dissocier  le Jésus de la Croix du rôle fondamental de la Femme en Marie, au sein de l’Église  visible: de l’Église-institution (identité du prêtre/S.S. Paul VI/2e chapitre)?  Les critères de discernement vocationnel ne sont-ils pas selon Inter Insigniores, l’Appel de Dieu et son authentification par l’évêque ? « Le sacerdoce étant un ministère particulier dont l’Église a reçu la charge et le contrôle, l’authentification par l’Église se trouve ici indispensable: elle fait partie constitutive de la vocation: « le Christ a choisi « ceux [et celles] qu’il voulait » (Mc 3, 13/ I.I. no. 38). Telles sont pour moi, les prospectives d’avenir de l’Église pour l’acception des vocations ministérielles féminines qui émergent en et pour notre temps. 




Israël lui-même le peuple élu est interprété tout à la fois
 comme femme, vierge, bien-aimée, épouse, mère
Les grandes femmes d’Israël représentent ce que ce peuple est lui-même. 
L’histoire de ces femmes devient la théologie du peuple de Dieu
 et par là même théologie de l’Alliance 

 (Marie la fille de Sion par Mgr Joseph Ratzinger/2002
 original allemand Die Tochter Zion/1990)